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Sur Geopium...
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Opium
Uncovering
the Politics of the Poppy
I.B. Tauris
London (2009)
&
Harvard University Press
Cambridge (2010)

SEE ALSO:

Yaa
Baa: Production, Traffic, and Consumption of Methamphetamine
in Mainland Southeast Asia
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LES
TERRITOIRES DE L’OPIUM
Conflits
et trafics du Triangle d’Or et du Croissant d’Or
(Chargé de recherche au CNRS)
Octobre
2002, Olizane,
Genève (ISBN : 2-8808-6283-3).
(539 pages, 27 cartes originales,
index toponymique, index général, bibliographie)
Illustration
de couverture ("Pavot-monde"): création originale
de Jennifer
Dziad.
Tous droits
réservés © 2002 Olizane

Aperçu de l'ouvrage:

Quatrième de couverture :
Quelles réalités économiques,
politiques et militaires se cachent derrière les phénomènes
de société que sont la production de drogues illicites
dans les pays du Sud et leur consommation dans les pays industrialisés?
Si l'opium est produit et consommé depuis la plus haute Antiquité,
sa production à large échelle en Asie est, quant à
elle, étroitement liée à la colonisation britannique
d'abord et à la guerre froide par la suite. En effet, après
la Deuxième Guerre mondiale, les troupes nationalistes chinoises
dans le Triangle d'Or et, plus récemment, les moudjahidins
afghans puis les talibans dans le Croissant d'Or, ont eu recours à
l'économie de l'opium pour financer leurs guerres, en bénéficiant
de l'appui bienveillant de la CIA dans leurs luttes contre le communisme.
Aujourd'hui, ces groupes, ayant perdu leurs motivations et apparences
idéologiques, ont donné naissance à d'autres
groupes, bien organisés et puissamment armés et qui,
à travers leur rôle dans l'économie des drogues
illicites, demeurent plus actifs que jamais.
En Asie, l'opium, du nerf de la guerre en est devenu l'enjeu, avec
ses multiples conséquences géopolitiques dans les pays
du Sud et ses retombées sociales et économiques dans
nos sociétés occidentales.
En comparant l'Afghanistan et la Birmanie, à travers les deux
espaces majeurs de production d'opium et d'héroïne que
sont le Croissant d'Or et le Triangle d'Or, l'auteur a effectué
un véritable travail d'investigation et d'analyse pour identifier
les acteurs, localiser les réseaux, évaluer les enjeux
géopolitiques et expliquer les logiques fondamentales d'une
production qui alimente un marché aux profits vertigineux et
aux implications mondiales.
L'opium, une drogue qui « colle à l'homme
comme la peau à sa chair »
Origine et extension géographique du pavot à
opium
.Papaver somniferum L. : du fixisme de Linné
au darwinisme
.Le pavot et l'homme : origine et diffusion d'une
plante
L'opium et son commerce : de l'émergence du narcotrafic
.Le commerce antique des opiacés
.Du commerce à la guerre : le rôle des Britanniques
.L'opium et le développement du narcotrafic international
Du pavot à l'héroïne : culture, production et
transformation
Le pavot à opium : botanique et agriculture
.Les complexes écologiques
.La culture du pavot à opium
.L'opium : sa récolte et sa production
De l'opium à l'héroïne, processus et techniques
de transformation
.Du latex à un opium de qualité
.De l'opium à la morphine, processus d'extraction
.De la morphine à l'héroïne, processus de transformation
.Les variations de rendement des cultures de pavot
à opium
L'opium dans le Triangle d'Or et le Croissant
d'Or
L'émergence du Triangle d'Or : la diffusion de
l'opium de la Chine aux hautes terres de l'éventail nord indochinois
.Le terreau chinois du commerce de l'opium
.De la Chine du Sud aux montagnes de l'Asie du Sud-Est
.Le façonnement du Triangle d'Or
La genèse du Croissant d'Or : le renouveau de
l'opium
.Les réseaux marchands terrestres et maritimes,
précurseurs du commerce de l'opium dans le Croissant d'Or
.La longue genèse géopolitique et les conséquences
du Great Game
.Le façonnement du Croissant d'Or
Croissant d'Or et Triangle d'Or : configurations
géographiques et productions illicites
.Physiographie des pays du Triangle d'Or et du Croissant
d'Or
.Croissant d'Or et Triangle d'Or, des mosaïques
de populations aux carrefours de l'Asie
.Les productions de drogues illicites du Croissant
d'Or et du Triangle d'Or
Des espaces de production d'opium mouvants
Le remaniement du Triangle d'Or
.Birmanie : une certaine régularité
de la production malgré des bouleversements
.Des tendances opposées au Laos et en Thaïlande
.Tendances et potentiels des périphéries du Triangle
d'Or
Le Croissant d'Or et les potentiels d'Asie centrale
.L'explosion, puis la prohibition
de la production afghane d'opiacés
.Iran et Pakistan : des situations contrastées mais
des tendances similaires
.L'Asie centrale et le phénomène grandissant du
narcotrafic
Les drogues de synthèse : reconversion ou diversification
des régions de production ?
.Ephedra, éphédrine et méthamphétamine : quelques
notions
.Yaa baa et la diversification du Triangle d'Or
.Les drogues de synthèse en Asie centrale et du
Sud-Ouest
L'évolution des routes du trafic
Réorientations multiples autour du Triangle d'Or
.Les itinéraires « traditionnels » orientaux
du narcotrafic
.Les itinéraires émergents : tendances à la diversification
.Les itinéraires de la périphérie du Triangle d'Or
L'Asie centrale et les nouveaux itinéraires du
Croissant d'Or
.Les itinéraires « traditionnels » méridionaux
du narcotrafic
.La région des trois frontières au cœur du trafic
récent
.La périphérie du Croissant d'Or et l'axe des ouvertures
septentrionales
Nouvelles routes ou anciennes routes réactivées
?
.La route et l'antiroute, le narcotrafic
entre accessibilité et inaccessibilité
.L'évolution historique des routes anciennes majeures
et le narcotrafic
.Les routes du narcotrafic récentes et nouvelles
: réémergence ou création ?
Modification des aires et des phénomènes de consommation
.Régions productrices ou consommatrices : fausses
nuances
.La diffusion de la consommation depuis le Triangle
d'Or et le Croissant d'Or
.Impacts et conséquences de la consommation : de
l'explosion récente de l'épidémie du VIH/sida
Le territoire entre opium et Etat
Triangle d'Or et Croissant d'Or : ensembles spatiaux,
niches écologiques, et frontières
.Triangle d'Or et Croissant d'Or : des superpositions
d'ensembles spatiaux multiples
.Frontières, fronts, et discontinuités spatiales
Le jeu complexe des relations « centres-périphéries »
. « Centres et périphéries » en Asie
du Sud-Est
. « Centres et périphéries » en Asie du
Sud-Ouest
Le territoire au cœur de la problématique de
l'économie de l'opium
.Le territoire : un espace approprié
.Triangle d'Or et Croissant d'Or : des mosaïques
territoriales
.La territorialisation par, pour, et contre l'opium
: l'espace convoité
Le moteur des grands rapports de force asiatiques
Triangle d'Or et Croissant d'Or : des angles
géopolitiques
.Deux angles géographiques majeurs de l'Asie
.De l'émergence historique des angles géopolitiques
du Triangle d'Or et du Croissant d'Or
.Des angles aux carrefours régionaux et continentaux
: entre enclavement et centralité
Une similarité de situations géopolitiques :
relations Afghanistan - Pakistan et Birmanie - Thaïlande
.De la nature historique de deux frontières de types
similaires
.Deux régions frontalières soumises à des flux similaires
.Des relations transfrontalières et bilatérales
similaires : du jeu du narcotrafic
Les puzzles régionaux des relations internationales
.L'émergence du Triangle d'Or et du Croissant d'Or
dans les contextes régionaux de la guerre froide
.La péninsule indochinoise entre Inde
et Chine : rivalités autour de la Birmanie
.Un « Great Game » éclaté en Asie
du Sud-Ouest
Le nœud gordien de l'intégration
L'Afghanistan et la Birmanie, entre isolationnisme
et isolement
.Perspectives historiques et culturelles
: de l'isolationnisme afghan
.Perspectives historiques et culturelles
: de l'isolationnisme birman
.L'isolement international de deux Etats parias
Diversités, disparités, fragmentation politique
et rôle de la guerre
.Disparités et fragmentation politique dans les
conflits afghan et birman
.La dialectique drogue - conflit au cœur de la problématique
du recours à l'économie de la drogue
.La structuration de l'économie de la drogue par
la guerre
Intégration et Etat : le rôle des acteurs étatiques
et non-étatiques
.Exclusion et intégration dans les sociétés polyethniques
.Un accès inique aux ressources économiques et au
pouvoir
.La problématique étatique : efficacité politique,
légitimité et stabilité
Index : index toponymique ; pays et régions
; espaces naturels ; noms propres ; populations ; groupes et organisations
; agriculture et substances actives ; index général.
LES TERRITOIRES DE L'OPIUM
Conflits et trafics du Triangle d'Or et du
Croissant d'Or
Pierre-Arnaud Chouvy, 2002, Olizane,
Genève.
L’opium, tout à la fois remède et poison, est une substance qui exerce
en Occident une fascination d’autant plus grande qu’elle y fut longtemps
entourée d’un mystère que les origines et les utilisations extrême-orientales
que l’on voulait bien lui prêter, certes à tort, peuvent en partie
expliquer. Le pavot à opium exprime toujours cette dualité selon laquelle
il peut soulager maux et douleurs, mais aussi enchaîner son consommateur
invétéré dans une grave dépendance.
Cependant, si la pratique consistant à fumer de l’opium est certes chinoise,
quoique de façon indirecte, l’origine géographique du pavot somnifère,
Papaver somniferum L., est loin d’être extrême-orientale, puisque
l’on estime que la plante est apparue entre la région méditerranéenne
et l’Asie mineure. Le mystère qui subsiste quant aux origines exactes
du pavot n’a donc d’égal que l'opacité qui caractérise ses deux régions
de production actuelles les plus importantes au monde : le Triangle
d'Or, en Asie du Sud-Est continentale, et le Croissant d'Or, en Asie
du Sud-Ouest. L’imposition de la consommation d’opium à la Chine par
les Britanniques au XIXe siècle et l’apparition consécutive,
en Asie, de ces deux espaces de production, ont fortement contribué
à la construction des conceptions orientalisantes du produit et de
ses utilisations. C’est précisément à l’étude de ces terres à pavot
d’Asie, à leur inscription dans l’espace géographique, que ce texte
est consacré.
L’opium illicite mondial est produit,
dans son immense majorité, au long de ces 7 500 kilomètres d’étroite
succession de montagnes qui s’étirent depuis la Turquie jusqu’au Vietnam,
en passant bien sûr par l’Afghanistan. Mais c’est à l’ouest et à l’est
de cette bande montagneuse, de part et d’autre de l’Inde, que se situent
les deux plus importantes régions productrices d’opium au monde, respectivement
le Croissant d’Or et le Triangle d’Or. Il n’en a certes pas toujours
été ainsi et les bouleversements caractéristiques de la culture du
pavot à opium comme de son trafic, qui ont marqué l’histoire de l’Asie
depuis le début du XIXe siècle, semblent plus que jamais
être d’actualité.
En effet, si le Croissant d’Or (stricto
sensu, l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan) d’une part, et le
Triangle d’Or (stricto sensu , le Laos, la Birmanie et la Thaïlande)
d’autre part, fournissaient 97 % de la production illicite mondiale
d’opium en 1989, ce qui, en proportions, n’a pas changé à la fin des
années 1990, il n’en était pas de même au début du XXe
siècle. En 1989, donc, les 4 209 tonnes d’opium non médical produites
dans le monde provenaient ainsi à 73 % du Triangle d’Or (63 %
du total mondial pour la Birmanie) et à 24 % du Croissant d’Or
(14 % du total mondial pour l’Afghanistan), les 3 % restant
étant d’origine mexicaine. Ces données concernant la répartition des
productions mondiales d’opium montrent, lorsqu’elles sont comparées
avec celles de 1906, de 1970 et de la fin des années 1990, d’une part,
l’extrême amplitude des variations des quantités produites mondialement
comme, d’autre part, le profond bouleversement des régions de production :
l’Afghanistan ayant produit à lui seul 79 % du total mondial en 1999,
avant, certes, de voir sa récolte diminuée d’environ 90 % en 2001.
Ainsi, en 1906 ce sont 41 624
tonnes d’opium illicite qui étaient produites dans le monde, dont
85 % en Chine (35 364 t.) et 12 % aux Indes britanniques
(5 177 t.), soit près de dix fois plus qu’en 1989. En 1970, après
l’éradication chinoise, conduite entre 1949 et 1955, et à la suite
des efforts de la politique multilatérale de la Société des Nations
puis de ceux des Nations unies, la production illicite d’opium avait
chuté à 1 066 tonnes, désormais réparties à 67 % dans le
Triangle d’Or (Birmanie : 47 % du total mondial) et à 23 %
dans le Croissant d’Or (Pakistan : 13 % et Afghanistan :
10 %). La production mondiale d’opium avait donc été incroyablement
réduite, mais les aires de culture du pavot avaient changé et le Triangle
d’Or émergeait alors en tant que principal producteur, tandis que
le Pakistan voyait son importance conservée, malgré la chute de sa
production en valeur absolue (139 t. en 1970, mais toujours 13 %
du total mondial).
Ces résultats, encourageants dans
le cadre d’un effort international de réduction et de suppression
de la production et du trafic de drogue, furent néanmoins rapidement
remis en cause puisque, en 1989, avec 4 209 tonnes, la production
illicite mondiale d’opium avait largement augmenté. Mais la croissance
des quantités d’opium produites correspondait également à une transformation
marquée de l’importance des différentes aires de culture. Si la Birmanie
affirmait sa prédominance avec 2 625 tonnes d’opium pour 63 %
du total mondial, l’Afghanistan prenait désormais, en valeur relative,
la place du Pakistan, produisant 14 % du total mondial (3 % pour
le Pakistan qui conserve néanmoins ses 130 t.) après avoir multiplié
sa récolte par 5 par rapport à 1970. Mais au milieu puis surtout à
la fin de la décennie 1990, la répartition et l’importance des productions
avaient encore évolué, la Thaïlande et le Pakistan ayant certes réduit
leurs productions de façon drastique, alors que la Birmanie et l’Afghanistan
ont connu des modifications profondes des quantités ou même du type
de drogues produites sur leurs territoires respectifs.
Les deux espaces dits du « Triangle
d'Or » et du « Croissant d'Or » réunissent de nombreux
territoires dont les différences et les similitudes sont transcendées
par un phénomène majeur commun : la culture illicite du pavot
somnifère et la transformation de l’opium en héroïne. Quant aux autres
caractéristiques des aires en question, nombre d’entre elles permettent
également que soient opérés certains rapprochements et que soit établie
leur comparaison, le Triangle d’Or et le Croissant d’Or correspondant
en effet à deux régions altitudinales qui ont longtemps été difficiles
d’accès, ou qui le sont toujours. Ils peuvent ainsi être dits marginaux
en fonction de leur position de marche, les espaces montagneux les
constituant en partie pouvant être qualifiés de périphériques par
rapport aux bassins et aux vallées qui accueillent les centres étatiques
régionaux. Mais le Triangle d'Or et le Croissant d'Or présentent aussi
cette caractéristique commune d’être superposés à des espaces polyethniques
et, surtout, interétatiques. En effet, dans les deux régions, les
aires de production de pavot à opium chevauchent chacune les frontières
interétatiques des trois pays qui les abritent : historiquement
et stricto sensu, les espaces du Triangle d'Or et du Croissant
d'Or sont surimposés aux espaces frontaliers contigus de la Birmanie,
du Laos et de la Thaïlande d’une part, et de l’Afghanistan, de l’Iran
et du Pakistan d’autre part.
On peut légitimement s’interroger
sur la nature des facteurs qui ont permis, sinon favorisé, le développement
de telles productions d’opiacés en Asie. Quels sont ceux, particulièrement,
qui ont pérennisé et ancré le recours à l’économie de l’opium précisément
dans les espaces du Triangle d'Or et du Croissant d’Or ? Et comment
expliquer, enfin, que ce même recours ne se soit pas étendu aux régions
périphériques des espaces du Triangle d'Or et du Croissant d'Or, alors
même que certains Etats y présentent un fort potentiel de production
d’opium et, à l’instar de la Chine, l’ont parfois amplement prouvé ?
Outre la question du recours à une activité économique particulière,
c’est donc celle de la localisation et de la spatialisation de la
production illicite d’opium qui est au centre de la présente problématique.
En effet, l’hypothèse de départ, qui a orienté le traitement de la
problématique, postulait que, dans le cadre de l’explication de l’émergence
des espaces de productions illicites du Triangle d'Or et du Croissant
d'Or, les facteurs politiques primaient sur les facteurs économiques,
que la pauvreté et le sous-développement, s’ils constituent certes
un terreau favorable au recours à l’économie de la drogue, ne pouvaient
justifier et expliquer la localisation spécifique des productions
ni leurs limites spatiales dans un continent largement caractérisé
par la pauvreté. C’est donc en adoptant une démarche comparative,
à travers l’étude des différences et des similitudes qui marquent
les deux régions, que l’on pourra décrire les facteurs communs qui
permettent d’y expliquer l’apparition et la pérennisation de la production
d’opium. A travers le jeu des centres et des périphéries, de l’isolationnisme
et de l’isolement, de l’accès et de sa dénégation, à travers les logiques
de fragmentation politique et celle de l’économie de la guerre, c’est
une lecture géopolitique de la genèse des territoires de l’opium qui
est ici proposée.
Le Triangle d'Or et le Croissant d'Or dans
l'Asie montagneuse. (Pierre-Arnaud Chouvy, 2002, Olizane)
©
2002 P.-A. Chouvy / Olizane
Les itinéraires majeurs
du narcotrafic en Asie en 2000 (Pierre-Arnaud Chouvy, 2002, Olizane)
©
2002 P.-A. Chouvy / Olizane
Préface de l'ouvrage de
Pierre-Arnaud Chouvy :
Les territoires de l'opium. Conflits et trafics du Triangle
d'Or et du Croissant d'Or.
Genève, Olizane, 2002.
Yves Lacoste
Géographe, professeur émérite
à l'Université Paris VIII, directeur de la revue de
géographie et de géopolitique Hérodote
(Editions La Découverte).
L'ouvrage de Pierre-Arnaud Chouvy est un livre important qui devrait
intéresser un grand nombre de lecteurs, ceux qui sont interpellés
par ces étonnants phénomènes culturels que
sont les usages de drogues dans diverses sociétés,
comme ceux qui se soucient des trafics de drogues illicites au plan
mondial et de leurs graves conséquences dans la plupart des
pays.
Roland Pourtier, qui a dirigé cette thèse de doctorat,
en souligne d'abord l'intérêt qu'elle présente
non seulement dans l'évolution des préoccupations
des géographes, mais aussi pour la masse d'informations les
plus récentes ainsi rassemblées sur des activités
plus ou moins illégales relevant de réseaux occultes.
Ce qui m'a séduit d'entrée de jeu dans l'ouvrage de
Pierre-Arnaud Chouvy, puisque j'ai eu le plaisir de présider
son jury de thèse, c'est son goût de l'Histoire et
son souci de replacer les évolutions les plus récentes
de certaines situations locales (en Afghanistan ou en Birmanie)
dans de plus ou moins longues évolutions planétaires.
Pour l'opium, il faut ainsi remonter à des milliers d'années.
En effet, l'auteur, faisant la synthèse de nombreux travaux
d'archéologues, d'historiens, de botanistes et d'anthropologues,
nous apprend d'abord que la plante, Papaver somniferum, le
pavot à opium, a une origine extrêmement ancienne et
très mystérieuse, car elle n'est pas connue à
l'état sauvage : c'est un cultivar qui doit ses caractéristiques
à l'action millénaire des hommes et des femmes qui
l'on progressivement sélectionné et cultivé
dans leurs jardins. Les usages de l'opium sont également
extrêmement anciens et, depuis la haute antiquité,
le produit est l'objet de commerces à très longues
distances comme semblent l'indiquer de nombreux sites archéologiques,
dont celui des palafittes du lac de Neuchâtel, en Suisse,
où des capsules de pavot vieilles de quatre mille ans ont
été découvertes. Parmi les premiers usages
du pavot à opium sont peut-être apparus en Asie mineure,
avant de se propager notamment vers l'Egypte et vers l'Europe, le
terme même d'"opium" venant d'ailleurs du grec opos,
qui signifie suc.
Au Moyen-Age, le commerce de l'opium, puis la culture du pavot,
bénéficièrent de la contribution des Arabes
à sa diffusion vers l'Inde et la Chine. Mais c'est au XIXe
siècle que de grandes transformations prirent place dans
l'histoire de l'opium : après avoir rappelé les célèbres
"guerres de l'opium" (1839-1842 et 1856-1860), par lesquelles
les Anglais ont contraint l'Empire chinois à autoriser les
importations d'opium des Indes soumises à leur domination,
Pierre-Arnaud Chouvy souligne l'importance de deux autres phénomènes
de grande importance: l'énorme augmentation de la production
et de la consommation d'opium en Chine (contribuant, en 1906, à
85 % de la production mondiale) et la diffusion de la consommation
d'opiacés en Europe, en Angleterre notamment, tant dans les
milieux aisés que dans la classe ouvrière, au fur
et à mesure du développement de la révolution
industrielle.
Enfin, pour expliquer l'essor de la production d'opium en Chine
du Sud, puis dans ce que l'on appellera au milieu du XXe siècle
le "Triangle d'Or", cet espace de production illicite
d'opiacés niché dans les hautes terres de l'Asie du
Sud-Est continentale (Birmanie, Laos et Thaïlande), Pierre-Arnaud
Chouvy apporte des explications géopolitiques d'un très
grand intérêt historique. Il fait de même, à
propos de l'émergence, en Afghanistan, en Iran et au Pakistan,
lors d'une période légèrement plus récente,
d'un nouveau foyer de production illicite d'opiacés et de
narcotrafic. C'est d'ailleurs par symétrie, tant du point
de vue des activités de production y ayant cours que de sa
caractéristique religieuse, que cet espace niché à
l'autre extrémité de la chaîne himalayenne a
été dénommé "Croissant d'Or"
par la C.I.A. La guerre qu'a provoquée l'invasion soviétique,
puis les combats qui se sont déroulés entre différents
groupes islamistes, ont conduit à la mise en place progressive
des réseaux qui, il y a quelques années (1999), ont
fourni près de 80 % de la production mondiale d'héroïne.
Mais le très grand intérêt de l'ouvrage de Pierre-Arnaud
Chouvy est de démontrer l'intérêt de la démarche
d'analyse géopolitique, celle des rivalités de pouvoir
sur des territoires, pour mieux comprendre l'évolution des
situations géographiques. Il intitule à ce titre un
chapitre de son livre "Le territoire entre opium et Etat",
dans lequel il développe une approche des rapports de force
qui existent entre les différents acteurs du narcotrafic
- étatiques et non-étatiques - et ce, à différents
niveaux d'analyse spatiale : depuis les conflits locaux jusqu'aux
rivalités d'échelle planétaire. Pierre-Arnaud
Chouvy mène ainsi de pertinentes comparaisons entre le Triangle
d'Or et le Croissant d'Or, des espaces qu'il considère comme
des "angles" géographiques et géopolitiques
majeurs de l'Asie, de part et d'autre de la barrière himalayenne.
Enfin, l'auteur envisage le rôle primordial de la guerre et
de ses impératifs économiques dans le développement
de l'économie de la drogue, la dialectique drogue-conflit
étant en partie nourrie des phénomènes d'exclusion
économique et politique qui caractérisent les espaces
interétatiques et polyethniques du Triangle d'Or et du Croissant
d'Or.
Au total, un très grand livre, celui d'un jeune chercheur
qui permet d'augurer de nouveaux développements de la géopolitique
en Géographie.
Préface de l'ouvrage
de Pierre-Arnaud Chouvy :
Les territoires de l'opium. Conflits et trafics du Triangle
d'Or et du Croissant d'Or.
Genève, Olizane, 2002.
Roland Pourtier
Géographe, professeur à l'Université
Paris I Panthéon-Sorbonne.
S'engager à la suite de Pierre-Arnaud
Chouvy sur les territoires de l'opium, c'est entreprendre un voyage
en des terrains où l'illicite le dispute au secret, où
l'aventure intellectuelle côtoie un travail d'investigation
confinant à l'espionnage. L'auteur n'a certes pas la prétention
de se substituer aux informateurs des agences spécialisées,
tel le PNUCID. Son ambition est d'une autre nature : donner une
lecture géographique d'un phénomène de société
aux implications planétaires dont la plupart des publications,
pourtant fort nombreuses, négligent la prise en compte
de la dimension spatiale. Les rapports dialectiques entre opium
et territoire servent de fil conducteur à une étude
qui revendique une approche géo-historique conjuguant les
échelles et les temporalités.
La comparaison du Triangle d'Or et du Croissant d'Or met en évidence
le primat du politique dans la géographie fluctuante de
la culture du pavot, des laboratoires de transformation de l'opium
en morphine et en héroïne, et des réseaux commerciaux.
Cette géographie s'adapte avec beaucoup de plasticité
à des contextes géopolitiques très complexes
et changeants. Le rappel des "guerres de l'opium" qui
virent l'Angleterre imposer la consommation d'opium à la
Chine dans un but mercantile ne manque pas de soulever des questions
éthiques quant au statut légal ou illégal
de la production et du commerce des drogues. Plus proche de nous,
l'émergence du Triangle d'Or au lendemain de la Deuxième
Guerre mondiale, et celle du Croissant d'Or dans la foulée
de l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS, sont directement liées
à la guerre froide - et indirectement à l'augmentation
de la consommation mondiale et aux cours vertigineux de la poudre
blanche dans les pays riches, consécutive à la prohibition.
Tous les mouvements armés ont utilisé l'argent de
la drogue pour leur financement, avec la bénédiction,
à tout le moins la bienveillante compréhension,
des agents de la CIA dans leur lutte contre le communisme aux
côtés du Kuomintang puis des talibans. Depuis l'effondrement
de l'empire soviétique la donne régionale a changé,
mais on ne supprime pas une activité lucrative du jour
au lendemain, d'autant que le marché mondial est plus porteur
que jamais : ayant perdu leur apparence idéologique les
rébellions n'exhibent plus que leur figure mafieuse.
Comme en d'autres régions du monde, une ressource, ici
l'opium, ailleurs le diamant, de nerf de la guerre en est devenue
l'enjeu. Encore faut-il que le contexte géopolitique soit
favorable à l'implantation d'activités illicites
: les territoires en crise, en mal d'autorité, les territoires
de non-droit, mais aussi les marges, les espaces transfrontaliers
où les réseaux de proximité l'emportent sur
un Etat lointain, s'y prêtent à merveille. L'histoire
coloniale avait fait de la Birmanie et de l'Afghanistan, deux
Etats "tampons" - entre la Chine et l'Inde, entre le
lion britannique et l'ours russe. La communauté internationale
les a relégués au cours des dernières décennies
au stade d'Etats "parias", toujours en quête,
par ailleurs, d'une hypothétique unité interne.
Partout l'économie de l'opium - mais il en est de même
pour la coca en Amérique latine - s'inscrit dans des histoires
troublées, s'empare d'espaces périphériques,
mal contrôlés par le pouvoir central, s'épanouit
à la faveur de régimes politiques englués
dans la corruption des élites civiles et militaires.
Certes, rien n'est irréversible, les montagnes du Triangle
d'Or et les hautes vallées du Croissant d'Or n'ont pas
vocation à produire de l'opium. Les brusques variations
de la production en Afghanistan au cours de ces dernières
années montrent d'ailleurs combien celle-ci s'ajuste au
contexte politique. La chute de la production en Thaïlande
reflète les capacités du pouvoir de Bangkok à
mieux contrôler ses périphéries frontalières.
Mais, à l'échelle de l'Asie, cette action ne fait
que déplacer les espaces productifs, car les territoires
de l'opium n'ont pas d'ancrage spatial vraiment contraignant.
Les champs de pavot, les laboratoires de transformation, les réseaux
commerciaux composent une géographie fluide - que rejoint
aujourd'hui celle des produits de synthèse, notamment les
méthamphétamines qui occupent une place croissante
dans le marché asiatique des drogues, en particulier en
Birmanie et en Thaïlande.
Par la multiplicité des acteurs qu'il met en jeu, par l'importance
des enjeux économiques et politiques associés au
narcotrafic, l'opium constitue une entrée très efficace
pour une analyse géopolitique globale de deux espaces névralgiques
situés aux extrémités de l'Himalaya, espaces
de confins, de marges, carrefours ouverts ou fermés selon
la respiration de l'histoire qui tantôt valorise les routes,
tantôt les barrières ou "antiroutes". Les
chemins de l'opium se moulent sur d'anciens parcours millénaires
comme les routes de la soie, ou en inventent de nouveaux, pénètrent
les réseaux commerçants dont l'opacité, à
la mesure de leur clandestinité et de leur informalité,
fait la force. Depuis le 11 septembre 2001 les regards sont braqués
sur l'Afghanistan et l'on s'interroge sur les relations qui existent
entre narcotrafiquants, marchands d'armes et réseaux terroristes.
L'ouvrage vient donc à point : les informations et les
réflexions qu'il contient représentent en effet
un apport précieux à la compréhension de
situations d'une grande complexité qui, par leurs implications
multiples, concernent plus que jamais les citoyens du monde. Sans
se noyer dans une actualité bouillonnante, tout en ayant
consulté des milliers de sources, Pierre-Arnaud Chouvy
prend du champ vis-à-vis des données immédiates
pour leur donner du sens en les plaçant dans la perspective
du temps long et de la dynamique des territoires. C'est pourquoi
cette étude magistrale fera référence car
elle va bien au-delà des contingences de l'actualité.
Compte-rendus et critiques
1)
Le rapport de soutenance de la thèse
de doctorat de géographie sur laquelle est basé
le texte de l'ouvrage Les territoires de l'opium est
disponible au format
PDF.

(263 ko)
Le jury était présidé
par le professeur émérite Yves Lacoste (Paris
VIII Vincennes) et était composé de Michel Bruneau
(directeur de recherche au CNRS), d'Alain Labrousse (expert),
et des professeurs Gilbert Etienne (professeur honoraire aux
Instituts universitaires de hautes études internationales
et d'études du développement à Genève)
et Roland Pourtier, directeur de thèse (Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
Le jury a décerné à ce travail et à
son auteur la mention Très Honorable avec ses félicitations
à l'unanimité.
Extraits du rapport de soutenance de thèse
"La thèse est remarquable, tant
sur le fond que sur la forme. Son ampleur force l'admiration...
La thèse va bien au-delà de l'érudition
: elle donne sens à l'information, l'interprète
selon les principes de l'analyse géographique, avec en
outre un soucis didactique qui s'exprime notamment dans le soin
à définir les concepts... Pierre-Arnaud Chouvy
analyse avec beaucoup de finesse le jeu complexe des différents
acteurs impliqués, de l'échelle locale à
l'échelle mondiale, montrant notamment l'engrenage diabolique
entre guerre et culture du pavot à opium... Dans une
approche nécessairement pluridisciplinaire, le candidat,
même s'il fait appel à l'histoire, à la
science politique, dans une moindre mesure à l'anthropologie,
n'en néglige pas pour autant la géographie : la
recherche des spécificités des territoires de
l'opium constitue un axe majeur de la thèse. Il montre
combien les problèmes d'accessibilité dans des
régions montagneuses, la marginalité géographique
découlant d'un modèle centre-périphérie,
les configurations polyethniques et interétatiques des
espaces frontaliers, expliquent la localisation de la culture
du pavot à opium et des laboratoires de transformations.
L'analyse des routes et des "antiroutes" en fonction
desquelles s'organise le narcotrafic révèle la
force de structures spatiales qui défient le temps :
l'ouverture de l'Asie centrale depuis la fin de l'Union soviétique
réactive les anciennes routes de la soie. Les nouvelles
configurations géopolitiques réévaluent
des logiques territoriales asiatiques millénaires : compétition
entre monde indien et chinois, position carrefour de l'Afghanistan
où se joue un "nex great game" sur fond d'hydrocarbures...
Ce travail monumental qui s'appuie sur de très nombreuses
sources anglo-saxonnes d'un accès souvent difficile fera
référence..."
Professeur Roland Pourtier, Université
Paris I Panthéon-Sorbonne.
"Gilbert Etienne se dit tout à
fait impressionné par la taille de cet ouvrage... et
par sa qualité... L'auteur a le grand mérite de
s'être lancé dans une étude comparative
de deux zones majeures de la géographie de la drogue...
Ce cadre d'analyse est aussi large que bienvenu, car Pierre-Arnaud
Chouvy présente des observations très judicieuses
sur les itinéraires qui relient ces deux régions
aux grands marchés de consommation de la drogue..."
Professeur honoraire Gilbert Etienne, Instituts
universitaires de hautes études internationales et d'études
du développement (Genève).
"Michel Bruneau déclare que l'on
ne peut que s'incliner devant l'ampleur de la tâche et
de la documentation rassemblée... Tout ce qui est avancé
est dûment référencé avec une rigueur
qu'il faut saluer... Ce type de recherches comparatives s'imposera
de plus en plus comme une nécessité et un champ
nouveau de la recherche géographique et géopolitique
dans un contexte de mondialisation croissante... Excellente
est l'analyse des centres et périphéries et des
structures étatiques pré-coloniales en auréoles,
autour d'un "centre du-monde" qui est la capitale
et le palais du souverain. Excellente aussi est l'analyse de
la notion de frontière zonale ou linéaire. Très
justes et stimulantes sont la vision dynamique des centres et
des périphéries, comme des réalités
mouvantes que sont les groupes ethniques, de même que
celle des limites changeantes des ensembles spatiaux à
l'intersection de plusieurs territoires, comme c'est le cas
aussi bien dans le Triangle d'Or que dans le Croissant d'Or.
Le candidat fait preuve d'une capacité remarquable d'analyse
des territoires fondée sur une vision tout à la
fois géo-historique et géopolitique très
documentée... Au total, une analyse très fine
et globalement juste des deux ensembles spatiaux de l'opium,
montrant la prééminence des facteurs politiques
et polémologiques sur les facteurs économiques
et ethno-culturels..."
Michel Bruneau, directeur de recherches
au CNRS.
"Alain Labrousse déclare s'associer
aux louanges qui ont été adressées à
ce remarquable travail. Il révèle une vision globalisante
et historiciste du rôle joué par les drogues dans
les deux espaces envisagés. Ce travail révèle
une connaissance précise des évènements
qui ont fait du Croissant d'Or et du Triangle d'Or les paradigmes
de la production d'opiacés dans le monde, depuis cinquante
ans. A ce titre, Pierre-Arnaud Chouvy reprend le fil des travaux
fondateurs de la géopolitique des drogues de A. McCoy
(La politique de l'héroïne en Asie du Sud-Est,
Flammarion, 1971) et de C. Lamour et M.R. Lamberti (Les grandes
manoeuvres de l'opium, Le Seuil, 1972) qui n'avaient pas
eu jusque-là, de continuateurs..."
Alain Labrousse, ancien directeur de l'ex-OGD,
expert sur la question de la géopolitique des drogues.
"Yves Lacoste s'associe à tous
les compliments qui viennent d'être faits à cette
thèse tout à fait remarquable. Il estime que la
première partie "L'opium des origines à sa
production asiatique de masse", qui fait une bonne synthèse
de nombreuses publications, est fort utile ; elle est même
tout à fait passionnante... Le deuxième chapitre
fournit de très intéressantes précisions
sur la culture du pavot... Le troisième chapitre raconte
la formidable augmentation de production et de consommation
de l'opium en Chine au XIXe siècle, à la suite
des guerres dites "de l'opium"... Dans la deuxième
partie de l'ouvrage, Yves Lacoste apprécie particulièrement
le caractère extrêmement précis de l'information
sur des évènements très récents...
Mais c'est la troisième partie, intitulée "Géopolitique
des territoires de l'opium", de loin la plus importante,
qui est la plus riche quant au raisonnement géographique
et quant à l'analyse géopolitique des rivalités
de pouvoirs officiels et surtout clandestins sur des territoires...
Au total, Yves Lacoste estime qu'il s'agit d'un travail tout
à fait remarquable tant par la rigueur de sa réflexion
que par la richesse de l'information concernant des phénomènes
relevant pour l'essentiel du clandestin et des événements
survenus récemment dans des territoires incontrôlés
par les Etats."
Yves Lacoste, Professeur émérite,
Université Paris VIII, directeur de la revue de géographie
et de géopolitique Hérodote.
2)
Compte rendu concernant la thèse
de doctorat, paru dans Drogues Trafic International,
n° 12, janvier 2002 (Paris, OFDT) ( Lire
au format PDF)

(106 ko)
Publication récente
Pierre-Arnaud Chouvy, Les territoires de
lopium. Géopolitique dans les espaces du Triangle
dOr et du Croissant dOr, Thèse pour obtenir
le grade de docteur de lUniversité Paris I Panthéon
Sorbonne, t. I, 453 p ; t. II, cartes et bibliographie, 90 p,
2001.
"La monumentale thèse de géographie
que vient de soutenir Pierre-Arnaud Chouvy reprend le droit
fil des travaux des fondateurs de la géopolitique des
drogues, Alfred McCoy (thèse traduite sous le titre de
La politique de lhéroïne en Asie du Sud-Est,
Flammarion 1971) et de Catherine Lamour et Michel Lamberti [pseudonyme
de Michel Gutelman] (Les grandes manuvres de lopium,
Le Seuil 1972) qui navaient pas eu, sur ces régions
du monde, de continuateur.
Cest un travail ambitieux, non seulement du fait de la
qualité de ces prédécesseurs, mais aussi
de lampleur et
de la complexité des espaces étudiés. Le
risque majeur de lentreprise était en effet de
sen tenir à une simple analyse comparative, aussi
complète et riche soit-elle, du Triangle et du Croissant
dOr.
La première partie livre une étude
synthétique, fondée sur une bibliographie très
riche, souvent anglosaxonne, de lhistoire de lopium
en Asie et de ses relations avec les marchés occidentaux
jusquà la fin du XIXe siècle. La deuxième
partie se penche sur lémergence contemporaine des
deux premières régions productrices dopiacés
et de leur relation avec les conflits et les transformations
politiques dont elles ont été le théâtre.
Cest incontestablement la troisième partie, «
géopolitique des territoires de lopium »,
qui constitue lapport de Pierre-Arnaud Chouvy le plus
riche et le plus novateur.
Comme la fait remarquer Yves Lacoste, le président
du jury [Roland Pourtier étant le directeur de thèse]
: « Cette partie commence par un chapitre Le territoire
entre opium et État qui se caractérise par
de judicieuses réflexions tout à la fois théoriques
et appliquées, notamment sur la superposition densemble
spatiaux envisagés à différents niveaux
danalyses et sur lintersection à chaque niveau
de différents ensembles spatiaux
Pierre-Arnaud
Chouvy analyse très finement le jeu complexe des
relations centres-périphéries et il souligne
fort justement que le territoire est au cur de la
problématique de léconomie de lopium
».
Une prochaine publication permettra sans doute de mettre ce
travail à la portée dun public beaucoup
plus large que celui des bibliothèques universitaires
et contribuera à ancrer la géopolitique des drogues
comme discipline à part entière."
Voir, au
format PDF, le rapport de soutenance de thèse, dont
sont extraites les citations contenues dans l'article de Drogues
Trafic International.

(263 ko)
La
Géographie - Acta Geographica 
"La géopolitique étant une discipline
complexe, associant par définition une dose plus ou
moins forte de subjectivité à la rigeure d'une
recherche scientifique, il faut saluer l'excellent résultat
des efforts d'explication et la grande objectivité
des travaux de M. Chouvy.
S'il nest pas facile d'identifier "les réalités
économiques, politiques et militaires qui se cachent
derrière les phénomènes de société
que sont la production de drogues illicites dans le spays
du Sud et leur consommation dans les pays industrialisés",
comme le rappelle la notice de présentation de son
livre, il est clair que l'auteur n'a rien négligé
pour y parvenir. Il a recueilli sur ces sujets qui sotn d'une
périelleuse difficulté, une somme d'informations
fort respectable.
Plus encore que le volume et la précision des données
recueillies, c'est l'opportunité des enquêtes
et la diversité des approches qui soutiendront l'intérêt
des lecteurs de cette thèse.
S'interroger sur les causes de l'accroissement récent,
rapide et massif de la production d'opium en Afghanistan comme
en Birmanie, n'est pas un exercice anodin. La corrélation
qui s'affirme depuis l'ouverture de ces pays à l'économie
de marché n'a rien de rassurant pour la pacification
de ces régions, ni pour la paix du monde, ni pour l'économie
de marché, ni pour l'idée que nous avons de
la démocratie. La fragmentation politique peut rendre
compte de la faiblesse des autorités locales et de
leur incapacité à contrôler le comportement
de leurs agriculteurs. Mais grâce aux nombreux éléments
présentés par M. Chouvyon comprend bien que
cet état de chose est plutôt la conséquence
que la cause des méfaits dénoncés: la
géographie, dans ces pays, s'incline devant la politique.
La première a beau faire valoir ses avantages, l'autre,
qui vient d'ailleurs, a pour elle la puissance et l'argent.
C'est le grand intérête du livre de M. Chouvy
d'en avoir établi la démonstration."
Jean-Claude Fortuit. La Géographie, décembre
2005 (176ème année), n° 1519, pp. 116-117.
Diplomatie
magazine
"L’ouvrage se propose de fournir
une « lecture géopolitique de la genèse
des territoires de l’opium ». L’auteur ancre
son ouvrage sur les effets de l’opium et les pratiques
culturales qui lui ont été associées dans
une région où le développement du pavot
est un phénomène relativement récent. L’auteur
s’attache aux configurations géographiques de ces
productions, depuis les données physiographiques de cette
zone montagneuse de la Turquie au Vietnam, jusqu’aux contextes
politiques favorables (comme la prohibition, qui apparaît
à l’origine de la problématique mondiale
de l’économie des drogues). Les implications de
certains facteurs politiques jouent un rôle prééminent
: isolement et isolationnisme en Birmanie et en Afghanistan,
adoption / rejet de modèles occidentaux, exclusion de
populations périphériques, etc.
A partir des situations afghane et birmane, l’ouvrage
tend à prouver que les éléments politiques
priment largement sur les mécanismes économiques
dans le développement de l’économie de l’opium,
comme le montre la nette réorientation des itinéraires
du narcotrafic consécutivement à la réouverture
de frontières longtemps fermées. Les conclusions
de l’ouvrage ne cessent de nous interroger sur les conséquences
de ce commerce : « En Asie, le pavot à opium prolifère
en effet désormais plus sur les ruines de la guerre et
de l’exclusion que sur le terreau du sous-développement
»." (N° 1, janvier-février 2002, p. 81)
Cet ouvrage étudie les juteux trafics
de l'opium et de l'héroïne, entre le Croissant d'Or
et le Triangle d'Or. Fruit des recherches de Pierre-Arnaud Chouvy,
on saluera ce livre très documenté et richement
écrit, dont le sujet traitant d'un problème aux
terribles conséquences ne peut laisser indifférent.
Passionnant. (N°124, nov-déc 2002, p. 22)
Ce livre de Pierre-Arnaud Chouvy, géographe et chargé
de recherches au CNRS, offre une impressionnante masse d’informations
et devrait s’imposer comme une référence
pour tous ceux qui se soucient du trafic des drogues illicites
dans le monde et des conséquences de ces activités
illégales, portées par des réseaux occultes,
dans la plupart des pays de la planète. L’auteur
a adopté une perspective comparative à partir
de deux situations locales, celles qui prévalent dans
le Triangle d’Or (Birmanie, Laos et Thaïlande)
et le Croissant d’Or (Afghanistan, Iran et Pakistan),
les deux espaces centraux de la production illicite d’opium
dans le monde et considérés comme des «
angles » géographiques et géopolitiques
majeurs de l’Asie. Avec le souci de toujours replacer
les évolutions récentes dans leur perspective
historique, l’auteur s’attache à dévoiler
les réalités politiques, économiques
et militaires qui déterminent la logique de la production
d’opium et d’héroïne dans les pays
du Sud, production qui alimente un marché caractérisé
par ses profits vertigineux et ses retombées économiques
et sociales dans les pays de production et de consommation.
De la culture du pavot à la distribution de l’héroïne,
l’analyse explore la totalité de la filière
et révèle pour chaque étape le rapport
des forces, la pluralité des enjeux et la variété
des acteurs engagés dans le processus. L’approche
géographique et l’attention qu’elle porte
aux territoires constituent la richesse et l’originalité
de cet ouvrage au terme duquel il apparaît que dans
l’explication du recours à l’économie
de l’opium, « les facteurs politiques priment
(…) sur les facteurs économiques » : «
le recours à l’économie de la drogue devient,
lorsque les conditions naturelles et culturelles s’y
prêtent, un moyen assuré de contournement de
l’Etat et du système international, un moyen
d’intégration par défaut, un moyen alternatif
de modernité ». A la fin du livre, l’indexation
est particulièrement bien soignée et détaillée,
permettant une exploration à partir de rubriques thématiques
: toponymes géographiques, populations, associations,
organisations et groupes, agriculture, botanique et substances
actives….La bibliographie (en français et en
anglais) offre une très riche recension d’ouvrages
et d’articles sur l’économie de la drogue
et on trouve en annexes un appareil de 27 cartes ainsi que
des tableaux et graphiques sur les cultures de pavot et la
production d’opium dans le monde.
[Les territoires de l'opium], issu d’une
thèse de doctorat, constitue un travail majeur qui aide
à la compréhension d’un défi redoutable
pour les sociétés libres. Faisant appel aux ressources
de l’histoire, de l’économie, de la sociologie
et de la géopolitique, il repose aussi sur un important
travail d’investigation. Retraçant la genèse
de deux zones grosses productrices d’opium (Birmanie,
Afghanistan), à la confluence d’interventions étrangères
– le développement de la production et du commerce
de drogues est le plus souvent lié à la guerre
- et de jeux politiques locaux, il explore aussi les implications
mondiales de ces trafics et met au jour les réseaux qui
les organisent. Contre une vision fataliste de la permanence
de ces activités destructrices, il montre de manière
convaincante la primauté des facteurs politiques sur
les raisons économiques (pauvreté) du développement
de la production, de la transformation et du commerce des drogues
dures. Retraçant aussi les différences entre le
cas afghan et la situation birmane, il tend à limiter
le facteur ethnique à la seconde.
On mentionnera aussi sa pertinente analyse de la légitimité
de l’État : lorsque celui-ci n’assume plus
ses fonctions, le développement de l’économie
de la drogue devient un facteur d’intégration.
Comme Chouvy l’écrit de manière subtile,
« c’est à travers le recours à la
coercition – au conflit armé – et au potentiel
de négociation qu’offre la narco-économie
que ces États et gouvernements parviennent à asseoir
territorialement et politiquement cette autorité »
(p. 432). Il convient enfin d’inscrire l’économie
de la drogue dans le contexte général des relations
internationales : « La portée [des] politiques
internationales d’isolement […] n’est pas
plus à même de provoquer de réelles réductions
des productions illicites que de contraindre les régimes
en place, quelle que soit leur légitimité interne
effective, à céder aux exigences de la “communauté
internationale” » (p. 440). Ce facteur s’ajoute
à la dimension interne : « La contestation […]
de la légitimité interne des régimes en
place, comme de leur iniquité et de leur tendance ethnocratique,
alimente en partie les conflits de guerre civile qui y dynamisent
la production d’opium » (ibid.). Un livre très
riche en informations, dont l’apport théorique
n’est pas moins remarquable.
Publié sous l’égide de l’Institut
de recherches sur l’Asie du Sud-Est contemporaine que
dirige Stéphane Dovert, [Yaa baa]
constitue un intéressant complément au précédent
[ouvrage]. Il traite du développement considérable,
propre à tous les milieux sociaux, à la ville
comme à la campagne, de la consommation, chez les jeunes
essentiellement, de méthamphétamine en Thaïlande
au cours des années 1990, consommation qui se répand
ailleurs en Asie. Étude sociologique plus que géopolitique,
à la différence de l’autre ouvrage de
Chouvy, centrée sur les représentations, les
pratiques et les institutions civiles et sociales qui peuvent
favoriser ce type de consommation, ce livre, passionnant et
alarmant, n’en retrace pas moins aussi les réseaux
de trafiquants, l’économie de la production et
de la circulation de la drogue, ainsi que le développement
d’une économie criminelle qui voit s’accroître
le nombre de revendeurs. (N°18, juin 2003, Miettes
critiques)
Les problématiques de la criminalité
organisée et du terrorisme constituent un sujet d'actualité
brûlant. La drogue, source de financement essentielle
présumée de ces activités, était
hélas reléguée au second plan. L'ouvrage
de Pierre-Arnaud Chouvy, docteur en géographie et chercheur
au CNRS, vient heureusement combler cette regrettable lacune,
sous un angle particulier et original : la géographie
et la géopolitique des stupéfiants. Certes, de
nombreuses publications existent sur le sujet, notamment celles
du défunt OGD (Observatoire géopolitique des drogues).
Mais peu traitent du sud-est asiatique (A. McCOY [1971] ou C.
LAMOUR & M.R. LAMBERTI [1972]), encore moins de la région
afghane. Or, c'est précisément ici que se situe
le plus grand mérite de l'auteur, qui réussit
à proposer une approche comparative cohérente
de la production et du trafic de stupéfiants, principalement
opium et héroïne, mais aussi amphétamines
et dérivés, dans les deux plus importantes zones
sources d'opiacés illégales au monde, à
savoir le Croissant d'Or, organisé autour de l'Afghanistan,
et le Triangle d'Or, autour de l'actuel Myanmar.
L'ouvrage, version remaniée de la thèse de P.-A.
Chouvy, se distingue tout d’abord par son impressionnante
bibliographie, et son ancrage dans l’actualité
la plus récente, de par la masse phénoménale
d’articles que l’auteur a dépouillé,
notamment pour compenser une étude de terrain problématique.
A une structure forte (en neuf chapitres, que l’on pourrait
aisément réduire en trois parties) s’ajoutent
d'évidentes qualités de plume, pour un résultat
de très haute tenue : à l'érudition s'ajoute
le plaisir de lire. Plaisir accru par les éclairages
rafraîchissants que procurent les différents outils
scientifiques utilisés par l'auteur, au service de la
géographie, que ce soit l'histoire ou l'ethnologie, pour
ne citer qu'eux.
La thèse défendue ici est la prédominance
des facteurs politiques sur d'autres, comme l'économie,
pour expliquer la construction et la dynamique des espaces de
l'opium. Comment expliquer, en effet, que seuls deux pays, dans
la région asiatique au sens large, aient recours de façon
aussi intensive à l’économie des stupéfiants
? Aussi, dans un premier ensemble, afin de comprendre comment
une plante originaire d'Asie Mineure a pu s'ancrer de façon
si prononcée dans le Triangle et le Croissant d'Or, l'auteur
aborde les questions historiques ou techniques, avec un remarquable
souci de la précision. Le premier chapitre, notamment,
constitue une excellente synthèse de l'histoire du commerce
de l'opium, réunissant en vingt courtes mais denses pages
des informations que l'on ne trouve habituellement que de façon
éparses, ou bien diluées dans des ouvrages spécialisés
sur la question. Par la suite, l'auteur cherche, sous couvert
de botanique, à souligner les problèmes d'évaluation
des cultures, et le rejet de l'économique comme seul
élément d'explication du recours à l'opium
pour les cultivateurs : "A l'évidence, […]
la culture du pavot à opium ne représente pas
une solution de facilité, un moyen rapide et facile d'enrichissement,
même si cette activité permet certes un gain important
de numéraire" (p. 56), avant de brosser à
grands traits l'émergence des espaces du Triangle et
du Croissant d'Or.
Dans un second temps, les mécanismes de la dynamique
géographique des activités liées aux stupéfiants
sont analysés en profondeur : à travers une analyse
des espaces de production, des routes, ou de la consommation,
l'auteur montre combien les drogues façonnent la géographie,
qui n'est finalement qu'une construction politique, et comment
celles-ci vont restructurer la région. L'analyse comparative
prend alors toute son ampleur : configuration générale
des deux zones, carrefours de part et d'autre de l'arc himalayen,
le duo pays-producteur/pays de transformation auquel se rajoute
l'existence de périphéries, aux prises de position
fluctuantes. L'auteur note avec beaucoup de justesse que, dans
les deux cas, les états producteurs, bénéficiant
d'une faible légitimité interne et externe doivent
composer avec les deux à la fois, d'où les acrobaties
diplomatiques qui peuvent s'en suivre. Egalement, est soulevée,
peut-être de façon trop brève, la question
éminemment actuelle et préoccupante des drogues
de synthèse, qui constituent, selon l'auteur, un prolongement
logique des mécanismes déjà en œuvre
plutôt qu'un processus réellement indépendant.
Mais, la contribution la plus essentielle, et certainement la
plus novatrice, est contenue dans l'ensemble formé par
les trois derniers chapitres. Grâce aux concepts de route
et d'antiroute, de frontière et zone-frontière,
et d'articulation centre/périphérie, l'auteur
approfondit la notion de géographie dynamique de ces
régions, et explique comment la territorialisation se
fait "par et pour l'opium", mais aussi contre lui.
Ce ne sont pas de vains mots, puisque le paysage ou la localisation
même des espaces de production s'en ressent. Le jeu d'accès/fermeture
des trafiquants ou des autorités, plutôt que la
simple configuration géographique, permet de comprendre
en quoi Triangle et Croissant sont des espaces quasi-exclusifs
de production d'opium. L'auteur en profite pour souligner à
juste titre que les politiques de lutte contre les stupéfiants
sont vouées à l'échec, puisqu'elles ne
s'attachent qu'à des causes économiques (lutte
contre le sous-développement et éradication des
cultures), alors que l'économie de l'opium est essentiellement
un fait politique (place de la guerre civile). Ainsi que le
remarquait l'OGD, la drogue est devenue, de nerf de la guerre,
l'enjeu de celle-ci. Cela se vérifie en outre à
tous les niveaux géographiques, mondial, régional
ou local. L'héritage de la Guerre Froide et du jeu planétaire
des Etats-Unis, les rapports avec les pays voisins des principaux
producteurs, ou bien le jeu interne entre acteurs étatiques
et non-étatiques sont autant d'exemples frappants d'un
système fabriqué, et auto-entretenu, mais surtout
pas prédéterminé par un certain sous-développement
ou des caractères géographiques particuliers,
qui ne semblent, de fait, que favorisants.
La portée de cet ouvrage va donc bien au-delà
de la seule géographie ; il s'adresse à un public
large, allant des citoyens éclairés aux universitaires
s'intéressant aux questions internationales, qui trouveront,
dans la rigueur et la richesse de l'analyse, matière
à réflexion. L'analyse comparative, pari a priori
risqué, s'avère tout à fait opérationnelle,
et gagnerait être appliquée à d'autres régions,
comme les Amériques. Quant à l'appareil conceptuel,
d'une grande robustesse, il milite en faveur d'une géopolitique
des drogues comme objet d'études à part entière.
A travers cette monumentale contribution, elle acquiert sans
doute aucun ses lettres de noblesse, en même temps qu'est
remis en question le déterminisme prétendu des
problèmes de stupéfiants, le rôle des zones
productrices de drogue, et les politiques qui sont appliquées
à leur égard…
L’ouvrage de Pierre-Arnaud Chouvy,
adapté d’une thèse en géographie
soutenue en 2002, s’attaque à un Himalaya de la
drogue, c’est-à-dire aux deux plus importantes
régions de production d’opiacés sur la planète,
situées « à l’ouest et à l’est
de cette bande montagneuse, de part et d’autre de l’Inde
». Une approche unique en son genre.
En effet, lorsque au début des années 1970 l’historien
américain Alfred McCoy (La politique de l’héroïne
en Asie du Sud-Est, Flammarion, 1971) pose les fondements de
la géopolitique des drogues, il s’intéresse
surtout à l’impact des productions du Triangle
d’or sur le conflit vietnamien. Il faudra attendre les
années 1990 pour qu’une nouvelle édition
de son livre aborde la région du Croissant d’or.
Armé d’une impressionnante bibliographie, Pierre-Arnaud
Chouvy brosse une vaste fresque historique qui montre de quelle
manière ces deux zones se sont imposées au premier
rang des producteurs mondiaux d’opiacés. Parallèlement,
le géographe décrit avec une grande précision
l’environnement dans lequel sont apparues ces productions
: contexte écologique, activités paysannes qui
y sont liées, techniques de la transformation de la matière
première en substance chimique, etc.
Evitant l’écueil de l’approche « comparative
», Pierre-Arnaud Chouvy privilégie l’analyse
« intégrée » et dynamique de réalités
mouvantes. La façon dont il aborde les notions de route
et d’antiroute de la drogue (pp. 240-243) en fournit un
exemple : « La route est à ce titre un objet tout
autant géographique que politique en ce qu’elle
est créatrice, génératrice d’accès
», souligne-t-il. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter,
il s’agit en réalité d’ « antiroutes
» dans la mesure où les productions, illicites
par nature, doivent se trouver dans des régions géographiquement
peu accessibles afin d’échapper au contrôle
des forces répressives. Les obstacles peuvent être
naturels (montagnes, fleuves, jungles) ou artificiels (populations
hostiles, conflits, péages). « Le trafiquant tourne
alors à son avantage les risques et inconvénients
de l’antiroute puisqu’elle lui procure une certaine
forme de sécurité (faible contrôle policier
et douanier) et qu’elle justifie des prix élevés
». Cette grille de lecture, appliquée aux itinéraires
anciens (route de la soie, du jade, du Karakoram) aussi bien
qu’aux routes actuelles du Triangle d’or et du Croissant
d’or, offre une vision globale du phénomène
des drogues. Une telle logique conduit à placer au cœur
de la réflexion, dans un chapitre qui s’intitule
« Le moteur des grands rapports de force asiatiques »,
l’étude des guerres dont la drogue est le nerf
ou l’enjeu. Ainsi, l’invasion soviétique
de l’Afghanistan et le soutien du gouvernement pakistanais
aux moudjahiddin afghans se situent dans la droite ligne de
la création des « zones tribales » (Ligne
Durand) du Pakistan par le colonisateur britannique, dans le
cadre du Great Game qui l’opposait à l’Empire
russe. De même, les relations bilatérales entre
la Birmanie et la Thaïlande ont toujours été
conflictuelles. Des groupes rebelles birmans ont longtemps bénéficié
de bases arrières sur le territoire thaïlandais
dans une zone frontalière montagneuse peuplée
d’ethnies jumelles. Dans les deux cas, la circulation
de groupes armés et la perméabilité de
la frontière favorisent le développement du narco-trafic
dont les profits contribuent à pérenniser les
conflits.
D’autres analyses de Pierre-Arnaud Chouvy invitent également
au débat : en particulier lorsqu’il conteste (p.
397) la politique d’isolement économique et diplomatique
à laquelle la communauté internationale soumet
le Birmanie depuis 1988 et qui aurait, selon lui, encourage
le développement des activités illicites. Il porte
le même jugement sur l’embargo imposé, jusqu’à
la fin de l’année 2001, à l’Afghanistan
des Talibans. Or, on vient de constater que, malgré une
aide internationale conséquente, l’Afghanistan
a retrouvé, en 2002, le niveau record de production (3400
t.) qui était le sien en 1999 et 2000.
(Politique internationale, Eté 2003,
n° 100, pp. 448-449)
Mention dans la presse de l'ouvrage
Les territoires de l'opium
Diplomatie,
Narcoterrorisme dans le Triangle et le Croissant d'Or, Entretien
avec Pierre-Arnaud Chouvy (pp. 34-36) et mention en page 81, jeudi
9 janvier 2003, n° 1 (bimestriel, Paris).
Elisad
Journal, (Journal of the European association of libraries and
information services on alcohol and other drugs), N° 10, octobre
2002, p. 12.
Enfants
du Mékong, magazine de l'association Les
enfants du Mékong, fondée au Laos en 1958 :
elle a pour but de venir en aide aux jeunes originaires du sud-est
asiatique et à leur famille, particulièrement à
ceux qui sont réfugiés. N° 124, nov-déc 2002,
p. 22.
La
Radio du Livre, radio thématique de Radio France diffusée
sur Internet, publie, avec Fnac.com,
une dédicace
de Les territoires de l'opium, par Pierre-Arnaud Chouvy.
Revue
Toxibase, (Revue du réseau national d'information et de
documentation - soutenu par la MILDT),
N° 7, septembre 2002, pp. 12, 13 (trimestriel, Lyon).
BFM
: 12 -14, Valérie Lecasble, Emission diffusée
le 4 mai 2004 à 13:45.
Europe
1 : La chronique de Laurent Guimier. Emission diffusée
le 13 février 2003. 
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