www.chouvy-geography.com

Les territoires de l’opium (2001)

Les territoires de l’opium


Géopolitique dans les espaces du Triangle d’Or
et du Croissant d’Or

Pierre-Arnaud Chouvy
Thèse de doctorat en géographie
Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2001
Sous la direction de Roland Pourtier

Mise en ligne sur Geopium : 28 septembre 2026


Présentation

Cette thèse de doctorat, soutenue en 2001 à l’Université Paris I
Panthéon-Sorbonne, porte sur la géopolitique des espaces de production
illicite d’opiacés du Triangle d’Or et du Croissant d’Or.

Elle analyse les facteurs de leur émergence, de leur pérennisation et de
leur ancrage territorial à travers une approche géographique,
géohistorique et géopolitique comparative. L’objet principal de la
recherche n’est pas la seule quantification des productions d’opium,
mais l’étude des espaces de production, de leur territorialisation et
des rapports de pouvoir qui contribuent à leur formation et à leur
transformation.

Une version remaniée et abrégée de cette recherche a été publiée en
2002 aux éditions Olizane sous le titre
Les territoires de l’opium. Conflits et trafics du Triangle d’Or
et du Croissant d’Or
.

Accéder à la thèse

La thèse originale est constituée de deux volumes. Le premier contient
l’intégralité du corps du texte. Le second rassemble les 29 cartes,
la bibliographie, l’index toponymique, les annexes et les tables.

Cartographie

Le second volume comprend 29 cartes consacrées à l’histoire et à la
diffusion du pavot à opium, aux espaces de production, aux routes du
trafic, aux structures ethnolinguistiques et aux configurations
territoriales et géopolitiques du Triangle d’Or et du Croissant d’Or.

Les cartes sont consultables dans le volume 2 de la thèse.


Préfaces de l’édition Olizane (2002)

Les deux textes suivants ont été rédigés pour l’ouvrage issu de la
thèse, publié aux éditions Olizane en 2002. Ils ne figuraient pas dans
le manuscrit doctoral original.

Préface de Roland Pourtier — cliquer pour lire

Roland Pourtier
Géographe, professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

S’engager à la suite de Pierre-Arnaud Chouvy sur les territoires
de l’opium, c’est entreprendre un voyage en des terrains où
l’illicite le dispute au secret, où l’aventure intellectuelle
côtoie un travail d’investigation confinant à l’espionnage.
L’auteur n’a certes pas la prétention de se substituer aux
informateurs des agences spécialisées, tel le PNUCID. Son ambition
est d’une autre nature : donner une lecture géographique d’un
phénomène de société aux implications planétaires dont la plupart
des publications, pourtant fort nombreuses, négligent la prise en
compte de la dimension spatiale. Les rapports dialectiques entre
opium et territoire servent de fil conducteur à une étude qui
revendique une approche géo-historique conjuguant les échelles et
les temporalités.

La comparaison du Triangle d’Or et du Croissant d’Or met en
évidence le primat du politique dans la géographie fluctuante de
la culture du pavot, des laboratoires de transformation de l’opium
en morphine et en héroïne, et des réseaux commerciaux. Cette
géographie s’adapte avec beaucoup de plasticité à des contextes
géopolitiques très complexes et changeants. Le rappel des
« guerres de l’opium » qui virent l’Angleterre imposer la
consommation d’opium à la Chine dans un but mercantile ne manque
pas de soulever des questions éthiques quant au statut légal ou
illégal de la production et du commerce des drogues. Plus proche
de nous, l’émergence du Triangle d’Or au lendemain de la Deuxième
Guerre mondiale, et celle du Croissant d’Or dans la foulée de
l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS, sont directement liées à
la guerre froide – et indirectement à l’augmentation de la
consommation mondiale et aux cours vertigineux de la poudre
blanche dans les pays riches, consécutive à la prohibition.
Tous les mouvements armés ont utilisé l’argent de la drogue pour
leur financement, avec la bénédiction, à tout le moins la
bienveillante compréhension, des agents de la CIA dans leur lutte
contre le communisme aux côtés du Kuomintang puis des talibans.
Depuis l’effondrement de l’empire soviétique la donne régionale a
changé, mais on ne supprime pas une activité lucrative du jour au
lendemain, d’autant que le marché mondial est plus porteur que
jamais : ayant perdu leur apparence idéologique les rébellions
n’exhibent plus que leur figure mafieuse.

Comme en d’autres régions du monde, une ressource, ici l’opium,
ailleurs le diamant, de nerf de la guerre en est devenue l’enjeu.
Encore faut-il que le contexte géopolitique soit favorable à
l’implantation d’activités illicites : les territoires en crise,
en mal d’autorité, les territoires de non-droit, mais aussi les
marges, les espaces transfrontaliers où les réseaux de proximité
l’emportent sur un Etat lointain, s’y prêtent à merveille.
L’histoire coloniale avait fait de la Birmanie et de
l’Afghanistan, deux Etats « tampons » – entre la Chine et l’Inde,
entre le lion britannique et l’ours russe. La communauté
internationale les a relégués au cours des dernières décennies au
stade d’Etats « parias », toujours en quête, par ailleurs, d’une
hypothétique unité interne. Partout l’économie de l’opium – mais
il en est de même pour la coca en Amérique latine – s’inscrit dans
des histoires troublées, s’empare d’espaces périphériques, mal
contrôlés par le pouvoir central, s’épanouit à la faveur de
régimes politiques englués dans la corruption des élites civiles
et militaires.

Certes, rien n’est irréversible, les montagnes du Triangle d’Or
et les hautes vallées du Croissant d’Or n’ont pas vocation à
produire de l’opium. Les brusques variations de la production en
Afghanistan au cours de ces dernières années montrent d’ailleurs
combien celle-ci s’ajuste au contexte politique. La chute de la
production en Thaïlande reflète les capacités du pouvoir de
Bangkok à mieux contrôler ses périphéries frontalières. Mais, à
l’échelle de l’Asie, cette action ne fait que déplacer les espaces
productifs, car les territoires de l’opium n’ont pas d’ancrage
spatial vraiment contraignant. Les champs de pavot, les
laboratoires de transformation, les réseaux commerciaux composent
une géographie fluide – que rejoint aujourd’hui celle des produits
de synthèse, notamment les méthamphétamines qui occupent une place
croissante dans le marché asiatique des drogues, en particulier
en Birmanie et en Thaïlande.

Par la multiplicité des acteurs qu’il met en jeu, par l’importance
des enjeux économiques et politiques associés au narcotrafic,
l’opium constitue une entrée très efficace pour une analyse
géopolitique globale de deux espaces névralgiques situés aux
extrémités de l’Himalaya, espaces de confins, de marges, carrefours
ouverts ou fermés selon la respiration de l’histoire qui tantôt
valorise les routes, tantôt les barrières ou « antiroutes ».
Les chemins de l’opium se moulent sur d’anciens parcours
millénaires comme les routes de la soie, ou en inventent de
nouveaux, pénètrent les réseaux commerçants dont l’opacité, à la
mesure de leur clandestinité et de leur informalité, fait la
force. Depuis le 11 septembre 2001 les regards sont braqués sur
l’Afghanistan et l’on s’interroge sur les relations qui existent
entre narcotrafiquants, marchands d’armes et réseaux terroristes.

L’ouvrage vient donc à point : les informations et les réflexions
qu’il contient représentent en effet un apport précieux à la
compréhension de situations d’une grande complexité qui, par leurs
implications multiples, concernent plus que jamais les citoyens du
monde. Sans se noyer dans une actualité bouillonnante, tout en
ayant consulté des milliers de sources, Pierre-Arnaud Chouvy prend
du champ vis-à-vis des données immédiates pour leur donner du sens
en les plaçant dans la perspective du temps long et de la
dynamique des territoires. C’est pourquoi cette étude magistrale
fera référence car elle va bien au-delà des contingences de
l’actualité.

Préface d’Yves Lacoste — cliquer pour lire

Yves Lacoste
Géographe, professeur émérite à l’Université Paris VIII,
directeur de la revue de géographie et de géopolitique
Hérodote.

L’ouvrage de Pierre-Arnaud Chouvy est un livre important qui
devrait intéresser un grand nombre de lecteurs, ceux qui sont
interpellés par ces étonnants phénomènes culturels que sont les
usages de drogues dans diverses sociétés, comme ceux qui se
soucient des trafics de drogues illicites au plan mondial et de
leurs graves conséquences dans la plupart des pays.

Roland Pourtier, qui a dirigé cette thèse de doctorat, en souligne
d’abord l’intérêt qu’elle présente non seulement dans l’évolution
des préoccupations des géographes, mais aussi pour la masse
d’informations les plus récentes ainsi rassemblées sur des
activités plus ou moins illégales relevant de réseaux occultes.
Ce qui m’a séduit d’entrée de jeu dans l’ouvrage de Pierre-Arnaud
Chouvy, puisque j’ai eu le plaisir de présider son jury de thèse,
c’est son goût de l’Histoire et son souci de replacer les
évolutions les plus récentes de certaines situations locales
(en Afghanistan ou en Birmanie) dans de plus ou moins longues
évolutions planétaires.

Pour l’opium, il faut ainsi remonter à des milliers d’années.
En effet, l’auteur, faisant la synthèse de nombreux travaux
d’archéologues, d’historiens, de botanistes et d’anthropologues,
nous apprend d’abord que la plante, Papaver somniferum,
le pavot à opium, a une origine extrêmement ancienne et très
mystérieuse, car elle n’est pas connue à l’état sauvage : c’est
un cultivar qui doit ses caractéristiques à l’action millénaire
des hommes et des femmes qui l’ont progressivement sélectionné et
cultivé dans leurs jardins. Les usages de l’opium sont également
extrêmement anciens et, depuis la haute antiquité, le produit est
l’objet de commerces à très longues distances comme semblent
l’indiquer de nombreux sites archéologiques, dont celui des
palafittes du lac de Neuchâtel, en Suisse, où des capsules de
pavot vieilles de quatre mille ans ont été découvertes. Parmi les
premiers usages du pavot à opium sont peut-être apparus en Asie
mineure, avant de se propager notamment vers l’Egypte et vers
l’Europe, le terme même d’« opium » venant d’ailleurs du grec
opos, qui signifie suc.

Au Moyen-Age, le commerce de l’opium, puis la culture du pavot,
bénéficièrent de la contribution des Arabes à sa diffusion vers
l’Inde et la Chine. Mais c’est au XIXe siècle que de grandes
transformations prirent place dans l’histoire de l’opium : après
avoir rappelé les célèbres « guerres de l’opium » (1839-1842 et
1856-1860), par lesquelles les Anglais ont contraint l’Empire
chinois à autoriser les importations d’opium des Indes soumises à
leur domination, Pierre-Arnaud Chouvy souligne l’importance de
deux autres phénomènes de grande importance : l’énorme
augmentation de la production et de la consommation d’opium en
Chine (contribuant, en 1906, à 85 % de la production mondiale)
et la diffusion de la consommation d’opiacés en Europe, en
Angleterre notamment, tant dans les milieux aisés que dans la
classe ouvrière, au fur et à mesure du développement de la
révolution industrielle.

Enfin, pour expliquer l’essor de la production d’opium en Chine
du Sud, puis dans ce que l’on appellera au milieu du XXe siècle
le « Triangle d’Or », cet espace de production illicite d’opiacés
niché dans les hautes terres de l’Asie du Sud-Est continentale
(Birmanie, Laos et Thaïlande), Pierre-Arnaud Chouvy apporte des
explications géopolitiques d’un très grand intérêt historique.
Il fait de même, à propos de l’émergence, en Afghanistan, en Iran
et au Pakistan, lors d’une période légèrement plus récente, d’un
nouveau foyer de production illicite d’opiacés et de narcotrafic.
C’est d’ailleurs par symétrie, tant du point de vue des activités
de production y ayant cours que de sa caractéristique religieuse,
que cet espace niché à l’autre extrémité de la chaîne himalayenne
a été dénommé « Croissant d’Or » par la C.I.A. La guerre qu’a
provoquée l’invasion soviétique, puis les combats qui se sont
déroulés entre différents groupes islamistes, ont conduit à la
mise en place progressive des réseaux qui, il y a quelques années
(1999), ont fourni près de 80 % de la production mondiale
d’héroïne.

Mais le très grand intérêt de l’ouvrage de Pierre-Arnaud Chouvy
est de démontrer l’intérêt de la démarche d’analyse géopolitique,
celle des rivalités de pouvoir sur des territoires, pour mieux
comprendre l’évolution des situations géographiques. Il intitule
à ce titre un chapitre de son livre « Le territoire entre opium
et Etat », dans lequel il développe une approche des rapports de
force qui existent entre les différents acteurs du narcotrafic –
étatiques et non-étatiques – et ce, à différents niveaux
d’analyse spatiale : depuis les conflits locaux jusqu’aux
rivalités d’échelle planétaire. Pierre-Arnaud Chouvy mène ainsi
de pertinentes comparaisons entre le Triangle d’Or et le
Croissant d’Or, des espaces qu’il considère comme des « angles »
géographiques et géopolitiques majeurs de l’Asie, de part et
d’autre de la barrière himalayenne. Enfin, l’auteur envisage le
rôle primordial de la guerre et de ses impératifs économiques
dans le développement de l’économie de la drogue, la dialectique
drogue-conflit étant en partie nourrie des phénomènes d’exclusion
économique et politique qui caractérisent les espaces
interétatiques et polyethniques du Triangle d’Or et du
Croissant d’Or.

Au total, un très grand livre, celui d’un jeune chercheur qui
permet d’augurer de nouveaux développements de la géopolitique en
Géographie.

Note sur cette édition numérique

Cette mise en ligne reproduit la thèse soutenue en 2001.
Le texte original n’a pas été actualisé afin d’en préserver le statut
de document scientifique et historique. Les données, les dénominations
géographiques, les références bibliographiques et les analyses doivent
donc être replacées dans leur contexte de rédaction.

Les deux volumes PDF constituent la reproduction de référence du
manuscrit original.

Référence bibliographique

Chouvy, Pierre-Arnaud, 2001,
Les territoires de l’opium. Géopolitique dans les espaces du
Triangle d’Or et du Croissant d’Or
,
thèse de doctorat en géographie,
Université Paris I Panthéon-Sorbonne,
2 volumes.

English — click to open

About the dissertation

This doctoral dissertation in geography was defended in 2001 at
Université Paris I Panthéon-Sorbonne under the supervision of
Professor Roland Pourtier.

It examines the geopolitics of illicit opiate-producing spaces in
the Golden Triangle and the Golden Crescent, with particular
attention to the emergence, persistence and territorial anchoring
of these production areas. The research combines geographical,
geohistorical and geopolitical approaches.

A revised and abridged version was published in 2002 by Éditions
Olizane under the title
Les territoires de l’opium. Conflits et trafics du Triangle
d’Or et du Croissant d’Or
.

Full dissertation

The original dissertation consists of two volumes. Volume 1
contains the complete main text. Volume 2 contains the 29 maps,
bibliography, geographical index, appendices and tables.

The dissertation itself is in French.

www.chouvy-geography.com