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Français:
Préface - Sommaire
- Introduction
English: Foreword
- Contents - Introduction
Préface
La perception que nos Etats entretiennent
de la sécurité s’élargit
pour prendre en compte des menaces moins traditionnelles
telles que le terrorisme, la prolifération,
les trafics de personne et de marchandises illicites,
dont les drogues. Les productions de drogues agricoles
sont en effet, à la fois, à l’origine
de ressources significatives mais illégales,
pour des populations rurales très fragiles
et, pour les pays vers lesquelles elles sont exportées,
des menaces à leur sécurité.
L’impact local des productions de drogues
agricoles est moins connu, du moins en France. Ce
sujet est pourtant important du point de vue de
la stabilité de plusieurs Etats, voire de
régions entières, comme en Amérique
latine. Il se situe au croisement des études
de sécurité et de développement
et, de ce fait, n’est que peu suivi.
C’est dans le but d’aborder
le sujet dans sa globalité et dans sa complexité,
que le Centre d’études et de recherches
internationales (CERI)
et le Centre pour la paix et la sécurité
humaine (CPSH)
de Sciences-Po
ont pu, grâce au soutien du Secrétariat
général de la défense nationale
(SGDN),
organiser à Paris, le 6 octobre 2005, un
séminaire sur le thème « Production
de drogue et stabilité des Etats ».
Réunissant autour d’une même
table des chercheurs, des praticiens et des acteurs,
cette rencontre avait pour objectif de dresser un
panorama de la question, à l’échelle
mondiale, tout en portant un regard analytique sur
les mesures promues par la communauté internationale,
en matière de lutte contre la drogue.
Le SGDN, à l’origine
de l’idée de ce séminaire, est
un service du Premier ministre. Il se situe au point
de convergence des dossiers intéressant la
sécurité intérieure et extérieure
de la France. Secrétariat interministériel,
le SGDN donne la priorité à la réflexion,
à la préparation de la décision
et au suivi de celle-ci. Il coordonne et anime des
équipes constituées selon les questions
à traiter, avec le concours des ministères
concernés. Le CERI, dont l’un des objectifs
est de fournir une expertise sur les problèmes
internationaux, notamment dans le domaine des questions
de sécurité, a choisi de d’organiser
et de conduire cet effort de réflexion collective
sur l’impact des productions agricoles de
drogues sur la stabilité des Etats, avec
le CPSH. Ce nouveau centre de recherche thématique
de Sciences Po se fonde sur une pédagogie
et une approche interdisciplinaire. Il a pour but
de produire articles et publications sur l’élargissement
des doctrines et paradigmes de sécurité.
Le laboratoire PRODIG
du Centre national de la recherche scientifique
(CNRS)
et l’Institut national des hautes études
de la sécurité (INHES)
ont également été associés
à cette entreprise, par l’intermédiaire
de deux de leurs chercheurs.
Nous sommes heureux de pouvoir aujourd’hui
présenter les fruits de cette collaboration,
la seconde depuis 2004 (1).
Christophe Jaffrelot (CERI), Eric
Lebédel (SGDN), Sharbanou Tadjbakhsh (CPSH)
(1) Une première collaboration
entre le SGDN et le CERI avait conduit, en juin
2004, à la tenue d’un séminaire
intitulé « les anciens combattants
d’aujourd’hui – démobilisation,
désarmement et réinsertion »
et à la publication d’un rapport sur
le même sujet, disponible sur le site Internet
du CERI (www.ceri-sciences-po.org).
Sommaire
1 Production de drogue et stabilité
des Etats : quelle problématique ?
2 L’opium dans les transitions
des économies de guerre aux économies
de paix en Asie
3 Le cannabis en Afrique : économies
rurales et stabilité des Etats
4 Coca et revendications politiques
en Amérique du Sud
5 Quelles relations entre production
de drogue et stabilité des Etats ?
6 Tableaux : évolution de
la production agricole de drogues et des surfaces
cultivées
7 Cartographie mondiale des aires
de production des trois principales « plantes
à drogues »
8 Bibliographie sélective
Introduction
Ce rapport fait suite à un
séminaire organisé par le CERI,
Pierre-Arnaud Chouvy (CNRS-Prodig),
Laurent Laniel (INHES)
et avec la collaboration du CPSH,
grâce au soutien du SGDN
(1).
Cette journée d’étude
avait pour ambition de réunir des chercheurs
et spécialistes de disciplines et de nationalités
différentes afin de traiter de la question
complexe des relations qui existent entre production
agricole de drogues et stabilité des Etats.
Les questions soulevées par cette problématique
sont nombreuses. Doit-on estimer que la production
agricole de drogue est une conséquence et/
ou une cause de l’instabilité des Etats
? De telles productions agricoles sont-elles systématiquement
déstabilisatrices ou peuvent-elles permettre,
dans certains contextes, de maintenir un statu quo
socio-économique et donc politique, voire
de faciliter des transitions entre une économie
de guerre et une économie de paix ? Enfin,
dans quelle mesure la stabilité ou l’instabilité
d’un Etat peuvent-elles favoriser le recours
à la production agricole de drogues ?
L’objectif de la journée
d’étude était donc de brosser
un tableau aussi complet que possible de la situation
mondiale sans, bien sûr, prétendre
à l’exhaustivité. Les interventions
ont porté sur les principales trois plantes
à drogues, le pavot à opium, le cannabis
et le cocaïer, et sur les trois continents
sur lesquels la culture de ces plantes a lieu et
est, ou a été, liée à
des contextes de conflits armés : l’Asie,
l’Afrique et l’Amérique du Sud.
Alain Labrousse, ancien directeur
de l’Observatoire géopolitique des
drogues (OGD), grand spécialiste de la géopolitique
mondiale des drogues et auteur de nombreux ouvrages
et articles sur le sujet, a introduit la journée
d’étude en dressant un tableau mondial
des zones et des contextes de production des trois
plantes à drogue.
L’opium dans les
transitions des économies de guerre aux économies
de paix en Asie
La première session de la
journée d’étude, consacrée
à l’Asie et au rôle que l’opium
y joue dans les transitions des économies
de guerre aux économies de paix, a donné
la parole à Jeremy Milsom, doctorant australien
(Melbourne
University), à David Mansfield, consultant
indépendant de nationalité britannique,
et à Pierre-Arnaud Chouvy (CNRS-PRODIG),
géographe français chargé de
recherche au CNRS.
Jeremy Milsom, qui bénéfice
d’une longue expérience de terrain
dans la région du nord de l’Etat shan
de Birmanie tenue par la United Wa State Army (UWSA),
a détaillé et expliqué le contexte
politique et les modalités socio-économiques
du recours à la production d’opium
dans la région spéciale n° 2 de
l’UWSA. Il a notamment insisté, dans
le contexte actuel d’une suppression accélérée
de la production d’opium, sur les difficiles
conditions de survie de la paysannerie de l’opium
de la région considérée et
sur les menaces que de telles conditions pourraient
représenter pour la fragile stabilité
politique des autorités wa et de leur territoire.
David Mansfield, qui a réalisé
de longs séjours et de très nombreuses
missions d’étude sur le sujet en Afghanistan,
a présenté la grande complexité
de la question afghane de l’opium à
travers la diversité des situations vécues
par les paysans de l’opium de la province
orientale du Nangarhar. Il a tout particulièrement
souligné les conséquences, y compris
négatives, de la suppression rapide de la
production d’opium, notamment en termes de
croissance et de stabilité économique.
Pierre-Arnaud Chouvy, qui compare
depuis plus de dix ans les contextes de production
d’opium de l’Afghanistan et de la Birmanie,
est revenu sur ces deux pays en insistant sur le
rôle que l’économie de l’opium
a joué dans leurs économies de guerre
respectives et sur celui qu’elle joue désormais
dans leurs transitions vers des économies
de paix. Il a noté que si la production d’opium
avait clairement procédé de l’instabilité
des deux Etats concernés, elle procédait
désormais plus de leurs graves insécurités
alimentaires qu’elle ne menaçait leurs
sécurités en termes stratégiques.
Deux discutants, Christian Lechervy
(Sciences-Po) et Olivier Roy (CNRS-CERI), respectivement
spécialistes des questions birmanes et afghanes,
ont élargi les questions soulevées
par les intervenants en insistant sur la complexité
des contextes régionaux de l’Asie du
Sud-Est continentale de l’Asie centrale et
de l’Asie du Sud.
Le cannabis en Afrique
: économies rurales et stabilité des
Etats
La deuxième session, consacrée
à l’économie du cannabis dans
le continent africain, a réuni deux intervenants
pour traiter de la question pour le moins mal connu
des contextes africains de production de cannabis
au regard de la stabilité de leurs Etats
: Kenza Afsahi, économiste doctorante de
nationalité marocaine et Laurent Laniel,
sociologue français chargé de recherche
à l’Inhes.
Kenza Afsahi, qui mène depuis
plusieurs années des recherches doctorales
portant sur l’économie paysanne du
cannabis dans les montagnes du Rif, dans le nord
du Maroc, a expliqué le contexte historique,
culturel, politique et économique de la culture
du cannabis dans la région afin de mieux
comprendre comment cette activité économique
qui s’est très largement développée
au cours des deux dernières décennies
a permis d’y maintenir un certain statu quo
socio-économique et politique. Elle a d’ailleurs
mis en garde contre la « bombe à retardement
» que la non-gestion de cette situation a
créée.
Laurent Laniel, qui travaille depuis
une quinzaine d’années sur les questions
géopolitiques et stratégiques relatives
aux drogues, a traité de la difficile et
très mal connue question du recours à
l’économie du cannabis en Afrique subsaharienne
où crises économiques et politiques
ont favorisé le développement des
cultures de cannabis pour pallier les échecs
du développement économique et la
fragilité des stabilités politiques
: le cannabis en Afrique subsaharienne, une alternative
au développement ? Peut-être, dit-il,
dès lors que l’Afrique ne compte aucun
programme de développement alternatif…
Jean-Marc Balencie, consultant
spécialisé sur l’Afrique subsaharienne
et co-auteur des ouvrages Mondes rebelles,
a ouvert la discussion de cette session en rappelant
la place et le rôle que le cannabis a pu jouer
dans certains conflits africains.
Coca et revendications
politiques en Amérique du Sud
Dans le cadre de la dernière
session, trois intervenants ont analysé les
différentes mobilisations politiques auxquelles
la défense de la coca, cible de l'éradication
dans le cadre d'une « guerre à la drogue
» d'inspiration américaine, a pu donner
lieu dans les trois pays andins qui en sont les
principaux producteurs mondiaux : Bolivie, Colombie
et Pérou.
Dionicio Núñez, député
du MAS,
premier parti d'opposition bolivien (2), a rappelé
que, depuis la crise économique des années
1980, la culture de la coca permet d'assurer la
survie de milliers de familles. La feuille de coca
est, pour les populations aymaras et quechuas majoritaires
dans le pays, une plante sacrée aux vertus
multiples, dont la culture et les usages, contrôlés
mais légaux, sont à distinguer nettement
de ceux d'une drogue illégale telle que la
cocaïne. Rejetant l'éradication forcée
de la coca comme une politique injuste ainsi qu'inefficace
pour lutter contre la cocaïne, le député
aymara a appelé de ses voeux la mise en oeuvre
de mesures visant, au contraire, à industrialiser
les produits dérivés de la feuille
de coca. Selon lui, de telles mesures fourniraient
aux cultivateurs un débouché légal
pour leur produit, que dès lors ils n'auraient
plus à vendre aux narcotrafiquants.
L'anthropologue colombienne María
Clemencia Ramírez a souligné les différences
entre le cas bolivien et celui de la Colombie, premier
producteur mondial de coca et de cocaïne. Dans
ce dernier pays, en effet, les cultivateurs, pour
la plupart très pauvres et vivant dans des
régions soumises au contrôle d'acteurs
armés non-étatiques (guérillas
et paramilitaires), n'ont aucun attachement culturel
à la coca et ne la cultivent que parce qu'elle
procure un revenu plus élevé que les
autres productions agricoles possibles. Cette absence
de lien culturel à la plante fait que les
autorités colombiennes se sentent légitimes
à criminaliser la paysannerie de la coca
et à employer à son encontre les moyens
extrêmes prônés par Washington
(aspersions aériennes d'herbicide), interdits
en Bolivie et au Pérou.
Pour sa part, Ricardo Soberón
Garrido, juriste péruvien, a étudié
l'impact des politiques de lutte antidrogue menées
dans les pays andins à la lumière
du cas péruvien. Sur un terreau de pauvreté
et d'absence de développement, la culture
de la coca y connaît depuis les années
1970 des cycles de croissance au gré des
fluctuations de la demande sur les marchés
de consommation. Ces cycles, qui se sont accompagnés
d'une violence toujours plus intense (due tant aux
trafiquants qu'aux policiers et militaires), ont
fait du narcotrafic une composante centrale et durable
de la réalité sociale, économique
et politique andine. Selon Soberón, cette
nouvelle situation permet aux États-Unis
d'augmenter leur influence sur les gouvernements
régionaux, mais limite l'indépendance
des pays andins, affaiblit leurs institutions démocratiques
et nuit grandement aux droits de l'Homme.
Olivier Dabène, chercheur
au CERI, a ouvert la discussion en rappelant que
les politiques antidrogue appliquées jusqu'ici
en Amérique du Sud se sont avérées
non seulement inefficaces mais surtout contreproductives,
en y suscitant un fort antagonisme à l'encontre
de leur principal promoteur : les États-Unis.
Conclusions
Le mot de la fin est revenu à
Alfred McCoy, historien de l’université
de Wisconsin-Madison dont l’ouvrage The
Politics of Heroin in Southeast Asia, publié
en 1972, est devenu l’ouvrage de référence
sur les instrumentalisations stratégiques
du recours à l’économie des
drogues dans le contexte sud-est asiatique de la
guerre froide. Après avoir fait la synthèse
des interventions et des débats de la journée,
Alfred McCoy a fait part de ses analyses et de ses
vues concernant les échecs répétés
de plus de trente ans d’une « guerre
contre la drogue » qui s’est souvent
révélée contre-productive en
termes de surfaces mondiales cultivées en
pavot, en coca, et vraisemblablement en cannabis,
mais qui a aussi eu des effets pervers, notamment
en terme de stabilité des Etats, de militarisation
de questions avant tout économiques ou sociales,
de démocratie et de droits de l’homme
(3).
(1) Les auteurs tiennent
tout particulièrement à remercier
Jasmine Zérinini (SGDN) pour son soutien
à ce projet et ses précieux commentaires
sur une version précédente du rapport.
(2) Le MAS est devenu
le parti de gouvernement suite aux élections
générales de janvier 2006.
(3) Ces arguments
sont développés dans son article,
« The Stimulus of Prohibition » (2004
: 26) : « en dépit de quatre «
guerres contre la drogue », menées
par les Etats-Unis, pour un coût total de
150 milliards USD, la production illicite mondiale
d’opium a été multipliée
par cinq, passant de 1 200 tonnes en 1971 à
6 100 tonnes en 1999. De même après
quinze ans d’éradication menée
dans les pays andins par les gouvernements à
la demande américaine, la production de feuilles
de coca a été multipliée par
deux, atteignant 6 000 tonnes en 1999. dans les
trois décennies depuis le début de
la « guerre contre la drogue », le nombre
de consommateurs d’héroïne aux
Etats-Unis a été multiplié
par plus de dix, passant de 68 000 à 980
000 ».


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Foreword
Perceptions of security
shared by our states have widened to take into account
less traditional threats such as terrorism, arms
proliferation, and trafficking in human beings and
illegal goods, including drugs. Agricultural drug
production is the source of significant but illegal
resources for very fragile rural peoples, as well
as a threat to the security of those countries to
which the drugs are exported. The local impact of
agricultural drug production is less well understood,
at least in France. Although important from the
point of view of the security of a number of states
- even of whole regions, as in Latin America –
the subject belongs partly to the field of security
studies and partly to that of development studies,
and has therefore not been much examined in its
own right.
It was in order
to address this complex issue from all angles that
the Centre d’Etudes et de Recherches Internationales
(CERI
– Centre for international research and studies)
and Sciences-Po’s
Centre pour la Paix et la Sécurité
Humaine (CPSH
– Centre for peace and human security) organised
a seminar on ‘Drug production and state stability’,
held in Paris on 6 October 2005, with the financial
support of the Secrétariat Général
de la Défense Nationale (SGDN–
Office of the Secretary General for National Defence).
Bringing together researchers, field workers and
major players, the goal of the event was to take
a global overview of the subject, along with an
analytical look at the measures implemented by the
international community in order to fight against
drugs.
The SGDN, from
which the idea for the seminar first came, is one
of the Prime Minister’s departments, and is
active where issues regarding the internal and external
security of France converge. An inter-ministerial
office, the SGDN prioritises reflection upon, preparation
for, decision-making on, and follow-up of such issues.
It coordinates and oversees teams put together to
address specific questions, with the aid of ministries
concerned. The CERI, one of whose objectives is
to make expert assessments of international problems,
in particular in the field of security, decided
to organise this collective exchange of ideas on
the effect of agricultural drug production upon
state security in collaboration with the CPSH. This
new centre for thematic research, set up by Sciences-Po,
is based upon an interdisciplinary pedagogical approach.
Its aim is to produce articles and publications
on the broadening of security doctrines and paradigms.
The PRODIG
laboratory of the Centre National de la Recherche
Scientifique (CNRS
– National centre for scientific research)
and the Institut National des Hautes Etudes de Sécurité
(INHES
– National institute for advanced security
studies) also associated themselves with the event
through participation of two of their researchers.
We are pleased to
present the results of this collaborative effort,
the second since 2004 (1).
Christophe Jaffrelot
(CERI), Eric Lebédel (SGDN), Sharbanou Tadjbakhsh
(CPSH)
(1) An initial
collaboration between the SGDN and the CERI led
to a seminar being held in June 2004, entitled ‘today’s
old soldiers – demobilisation, disarmament
and reintegration’ and to the publication
of a report on the same subject, available on the
CERI Internet site (www.ceri-sciences-po.org).
Contents
1 The problem of drug production
and state stability
2 The transition from war economies
to peace economies: the role of opium
3 Cannabis in Africa: rural economies
and state stability
4 Coca and political demands in
South America
5 Relationship between drug production
and state stability
6 Tables: development of agricultural
drug production and of surface areas under cultivation
7 World map of production areas
for the three main ‘drug plants’
8 Selected bibliography
Introduction
The present report
follows a seminar held in Paris, France, by the
CERI,
Pierre-Arnaud Chouvy (CNRS-PRODIG)
and Laurent Laniel (INHES),
with the collaboration of the CPSH,
thanks to the support of the SGDN
(1).
The study day brought
together researchers and specialists in a variety
of disciplines and of a variety of nationalities
with a view to addressing the complex question of
the relationship between agricultural drug production
and state security. Many questions are raised by
the issue. Should agricultural drug production be
viewed as a consequence and/or a cause of state
instability? Is such agricultural production systematically
destabilising or does it, in some contexts, help
maintain a socio-economic and therefore political
status quo, even easing transition from a war economy
to a peace economy? Finally, how far might a state’s
stability or instability foster resorting to agricultural
drug production?
The aim of the
seminar was therefore to paint as comprehensive
a picture as possible of the world situation –
without, of course, claiming to be exhaustive. Speakers
addressed the three main drug plants – the
opium poppy, the cannabis plant and the coca tree
– and the three continents where they are
grown, and where their cultivation is or was connected
to situations of armed or social-political conflict:
Asia, Africa and South America.
Alain Labrousse,
former director of the Observatoire Géopolitique
des Drogues (OGD – Geopolitical Drug Watch),
a top specialist in world drug geopolitics and author
of several books and papers on the subject, introduced
the study day by painting a global picture of the
regions and contexts in which the three drug plants
are produced.
Opium in transitions from
war economies to peace economies in Asia
The day’s first session,
which was devoted to Asia and to the role of opium
in transitions from war economies to peace economies,
was led by Jeremy Milsom, an Australian doctoral
student (Melbourne
University), David Mansfield, an independent
consultant from Britain, and Pierre-Arnaud Chouvy
(CNRS-PRODIG), a French geographer and CNRS research
fellow.
Jeremy Milsom, who has had considerable
field experience in the northern part of the Shan
state of Burma held by the United Wa State Army
(UWSA), detailed and analysed the political context
and socio-economic factors explaining the resort
to opium production in the UWSA’s special
region n° 2. He laid particularly strong emphasis
on the difficult survival conditions for the region’s
opium farmers in the present context of accelerated
suppression of opium production, and on how such
conditions could jeopardise the precarious political
stability of the Wa authorities and their territory.
David Mansfield, who has paid lengthy
visits to and made numerous studies of the subject
in Afghanistan, presented the Afghan opium problem
in all its complexity by addressing the diversity
of situations experienced by opium farmers in the
eastern province of Nangarhar. He put special emphasis
on the counter-productivity and unintended effects
of rapid suppression of opium production, above
all in terms of economic growth and political stability.
Pierre-Arnaud Chouvy, who has been
comparing the Afghan and Burmese opium production
contexts over the last ten years, stressed the role
that the opium economy played in their respective
war economy contexts and the role it has played
in their recent transitions to peace economies.
He observed that although opium production clearly
originated from the instability of the two States
concerned, it later became more the result of major
food supply uncertainties, which did not threaten
security in strategic terms.
Two speakers, Christian Lechervy
(Sciences-Po) and Olivier Roy (CNRS-CERI), specialists
in Burmese and Afghan questions, respectively, expanded
upon questions posed by the speakers by emphasising
the complexity of continental South-East Asian,
Central Asian and South Asian regional contexts.
Cannabis in Africa: rural
economies and state stability
The second session was devoted
to the African cannabis economies, and called upon
two speakers to address the much less researched
relationship between cannabis production and state
stability in Africa: Kenza Afsahi, a Moroccan Ph.D.
student in economics, and Laurent Laniel, a French
sociologist and INHES research fellow.
Kenza Afsahi, who for the past
few years has been carrying out research for her
doctoral thesis on the cannabis farming economy
in the Rif Mountains of northern Morocco, explained
the economic, political, cultural and historical
context of cannabis cultivation in the region. She
explained how this economic activity, which has
grown considerably over the last twenty years, has
permitted the maintenance of a type of socio-economic
and political status quo. She also warned of the
‘time bomb’ that lack of management
of the situation has created.
Laurent Laniel, who has been working
on drug-related geopolitical and strategic issues
for the last fifteen years, addressed the difficult
and little-understood question of development of
cannabis cultivation in sub-Saharan Africa in the
context of economic and political crises. Is cannabis
an alternative to development in sub-Saharan Africa?
Perhaps, he said, since no alternative development
programme has been implemented in Africa.
Jean-Marc Balencie, a private-sector
consultant on sub-Saharan Africa, and co-author
of the Mondes rebelles volumes, opened
this session’s discussion by an overview of
the role that cannabis has played in a number of
African conflicts.
Coca and political demands
in South America
During the final session, three
speakers analysed the various political movements
brought about by the defence of coca cultivation
– targeted for eradication as part of an American-inspired
‘war on drugs’ – in the three
Andean countries that are the world’s main
producers: Bolivia, Colombia and Peru. Dionicio
Núñez, a member of MAS,
the leading Bolivian opposition party (2), pointed
out that, since the economic crisis of the 1980s,
coca cultivation has ensured the survival of thousands
of families. For the Aymara and Quechua, who make
up the majority of the country’s population,
the coca leaf is a sacred plant with many virtues,
whose cultivation and use – controlled but
legal – should be clearly distinguished from
those of an illegal drug such as cocaine. Rejecting
forcible eradication of coca as an unjust and ineffective
policy in the war on cocaine, the Aymara representative
called for measures to industrialise production
of legal coca leaf derivative products. In his opinion,
such measures would afford farmers a legal outlet
for their produce, which they would then no longer
have to sell to drug traffickers.
The Colombian anthropologist María
Clemencia Ramírez emphasised the differences
between the Bolivian case and that of Colombia,
the world’s top producer of coca and cocaine.
In the latter country, farmers – who are for
the most part extremely poor and live in regions
controlled by armed groups (guerrillas and paramilitary
forces) rather than the state – have no cultural
attachment to coca, and only grow it because it
offers a larger income than other possible agricultural
produce. This absence of cultural ties to the plant
has led to the Colombian authorities feeling justified
in criminalizing coca cultivation and resorting
to the extreme measures advocated by Washington
(aerial herbicide spraying), which are prohibited
in Bolivia and Peru.
Ricardo Soberón Garrido,
a Peruvian jurist, looked at the effects of anti-drug
policies implemented in Andean countries in the
light of the Peruvian case. In a context of poverty
and lack of development, coca cultivation has seen
cycles of expansion since the 1970s, in line with
fluctuations in demand on consumer markets. These
cycles, accompanied by ever increasing violence
(due to traffickers as much as to the police and
the military), have made drug trafficking a central
and lasting component of Andean social, economic
and political reality. In Soberón’s
view, this recent situation has allowed the United
States to increase its influence on regional governments,
which limits Andean countries’ independence,
weakening their democratic institutions and disastrously
undermining human rights.
Olivier Dabène, a CERI research
fellow, opened the discussion by observing that
anti-drug policies implemented in South America
have so far proved to be not only ineffective but,
above all, counterproductive, inciting major antagonism
towards their leading promoter, the United States.
Conclusions
The final word went to Alfred McCoy,
a historian at the university
of Wisconsin-Madison whose book, The Politics
of Heroin in Southeast Asia, first published
in 1972, has become the reference work on the strategic
manipulation of the drug economies in South-East
Asia during the Cold War. After summarising the
day’s discussions, Professor McCoy presented
his analyses and opinions of the repeated setbacks
in almost thirty years of a ‘war on drugs’
which has not stopped an increase in terms of world
surface area where opium poppies, coca and probably
cannabis are grown, and which has also had unintended
consequences, especially in terms of state stability,
militarisation of primarily economic and social
issues, democracy, and human rights (3).
(1) The authors wish
to extend special thanks to Jasmine Zérinini
(SGDN) for her support of this project and her useful
remarks on a draft version of this report.
(2) The MAS has become
the ruling party following the general election
of January 2006.
(3) These arguments
are developed in his article, ‘The Stimulus
of Prohibition’ (2004: 26): “Despite
four ‘wars on drugs’ waged by the United
States for a total cost of US $150 billion, world
illegal opium production increased fivefold, from
1,200 tonnes in 1971 to 6,100 tonnes in 1999. Similarly,
after fifteen years of attempted eradication in
the Andean countries, carried out by their governments
at American instigation, coca leaf production had
doubled, reaching 6,000 tonnes in 1999. In the three
decades following the start of the ‘war on
drugs’, the number of heroin users in the
United States increased more than tenfold, from
68,000 to 980,000”.

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